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Trafic de drogue, corruption, violences quotidiennes, sargasses, arrogance politique, la Martinique étouffe en silence. Dans le pays c'est la course aux places pour être élu(e) à la Collectivité Territoriale de Martinique, ce machin riche en euros, qui justifie tous les reniements, tous les agenouillements, toutes les compromissions. Au nom de l’argent facile, le pays avale ses valeurs. Face à cette situation désastreuse, on se tourne vers la justice pour trouver des réponses. Mais Allo ? La justice ne  répond pas. Jusqu'à la prison de Ducos les trafics continuent. Des surveillants ripoux sont actuellement en garde à vue. Vous avez dit mafia tropicale ?

Pendant une semaine, l’actualité martiniquaise était rythmée par l’arrestation de trafiquants de drogue martiniquais, parmi lesquels trois qui ont pour nom Letchimy, Séminor et René-Corail. Ce sont les patronymes de trois élus, et les grands médias ont soigneusement gardé le silence, ne voulant pas déplaire au premier d’entre eux, le président de Région, et Député, Serge Letchimy. Celui-ci  a déclaré ne pas connaître le prévenu qui a été placé sous mandat de dépôt.

L’agitation était au paroxysme sur les réseaux sociaux quand sans donner de nom, le site « Bondamanjak » a révélé la proximité familiale supposée des prévenus avec des élus. Puis un site guyanais a cité des noms, désignant un jeune homme qui n’est pas concerné par cette affaire, mais a le seul tort d’avoir pour nom, Letchimy.

Le nom du présumé meurtrier d’une prostituée dominicaine n’a pas été révélé, il s’appelle Laguerre.

Quand on connaît le fonctionnement de la presse, celle dite grande mais qui peut se révéler bien petite quand il s’agit de toucher au pouvoir en place, (quelque soit sa couleur politique d’ailleurs), on ne peut s’étonner de son silence concernant cette pourtant importante affaire de drogue qui a des ramifications jusqu’au sein de la mafia italienne.

Le dernier exemple en date n’a choqué personne. Elle concerne le meurtre d’une prostituée dominicaine, poignardée le 3 août 2014 aux Terres Sainville. France-Antilles (5/08/14) la présentait comme étant Gabriela, 45 ans, qui « djobait pour s’en sortir » d’après les témoignages recueillis. Martinique 1ère (7/08/2014)  ajoutait que « pour les uns, elle était prostituée, pour d'autres, femme de ménage. »

Le 18 août, au cours d’une conférence de presse le Procureur de la République, Eric Corbaux, annonçait l’arrestation du meurtrier présumé. Le chef du parquet a confirmé que « Ramona Gonzales se prostituait depuis son arrivée en Martinique. « Tous les éléments mènent à cette conclusion. »

L’article nous apprend que le meurtrier présumé, qui n’a pas de nom, « a avoué être un client de la victime. La raison de ce crime est qu'il refusait de payer la prestation de la femme de 45 ans. Ramona Gonzales insiste pour être payée et c'est cela qui va déclencher la colère du client ».

Le Procureur a donc donné des précisions concernant l’enquête puisque le journal précise : « Après son geste tragique, l'homme a enjambé le balcon et a pris la fuite par les toits des différents bâtiments du quartier des Terres-Sain-ville. Il est resté caché toute la nuit à Fort-de-France. Le lendemain, il prend la navette maritime en direction des Trois-Ilets. Une fois arrivé à son domicile, il a détruit les vêtements ensanglantés qu'il portait au moment du meurtre. Mais les forces de l'ordre ont retrouvé les restes du tee-shirt et du pantalon qu'il portait au moment des faits. »

L’homme qui est passé aux aveux est présenté aux lecteurs, mais il n’a toujours pas de nom :

« Le meurtrier présumé est un homme de 41 ans, qui réside aux Anses d'Arlet. Les témoignages et investigations révèlent qu'il fréquentait régulièrement les prostituées des Terres-Sainville. C'est un célibataire sans enfant qui avait un emploi et était relativement bien inséré dans la société. Il n'avait pas le profil d'un marginal et gardait le contact avec sa famille. Il a eu quelques ennuis judiciaires, il y a longtemps. Selon le parquet l'individu n'est pas considéré comme mentalement instable. »

Etonnés par cet homme sans nom, par cette cachotterie, nous avons interrogé le Parquet qui a indiqué ne pas souhaiter communiquer sur le nom.

Alors freepawol a cherché à savoir. Le meurtrier présumé a pour nom Laguerre, le même patronyme que le maire de Fort-de-France et voila pourquoi il bénéficie du privilège de ne pas voir son nom cité dans la presse.

Qu'un délinquant ait le même patronyme qu'un élu, qu'il soit un parent ne fait pas de l'élu un délinquant ou un complice. Mais on constate hélas que les membres des familles Ti Sonson de derrière morne, n'ont pas de privilège, ils voient leur nom étalé dans la presse quand un malheur les touche.

D’île aux fleurs à l’île aux trafics

Le plus grave en fait n’est pas dans ces cachoteries habituelles sous nos cocotiers, mais bien dans le nombre de saisies de drogue, d’arrestations, de crimes, liés au trafic dans notre Martinique qui apparaît plus comme l’île aux trafics qu’île aux fleurs.

Lors de la dernière rentrée solennelle de la Cour d’Appel de Fort-de-France en janvier 2015, le Procureur général s’est félicité des résultats de l’opération « Déposez les armes » avec 800 armes à feu rapportées. Mais les violences avec arme, liées au trafic qui laisse quelques morts sur le pavé, continuent.

Pendant de nombreuses années les affaires de viols et d’incestes se succédaient à la Cour d’Assise. Qu’en est-il depuis ces dix dernières années ?  Ce sont les meurtres souvent liés à la drogue, qui remplissent le rôle de la Cour d’Assise.

Et pendant qu’on se gargarise d’être des Français comme les autres, fiers devant nos miroirs menteurs, les autorités judicaires attendent toujours des moyens pour la JIRS (Juridiction Interrégionale Spécialisée, chargée des dossiers de délinquance organisée au niveau interrégional. Elle est chargée des plus gros dossiers de délinquance et de criminalité organisées aussi bien en matière générale qu'économique et financière.)

Pour élucider le scandale de détournements de fonds du CEREGMIA, le SRPJ (Service Régional de Police Juciciaire) manque d’inspecteurs nous explique t’on.

On en rit quand on apprend qu’une mission égalité a été confiée à Victorin Lurel, ancien ministre socialiste, Député et président du Conseil Régional de Guadeloupe, candidat à sa réélection. On s'irrite de voir ces élus de Gauche qui se pavanent en prenant les électeurs pour des idiots, quand 69 ans après le vote de la loi de départementalisation (1946), ils mendient encore l’égalité pour ces départements qui, au rythme de la décomposition annoncée, ne seront que des départements d’outre-tombe.

Victorin Lurel s'est vu confier par le Premier Ministre Manuel Valls une mission parlementaire pour « définir les voies et les moyens pour aboutir à l'égalité réelle au niveau économique et social entre les outre-mer et l'Hexagone ». On en reparlera dans quelques années.

Le gouvernement socialiste renvoie là, comme avant lui ceux pas plus à Droite, un sacré mépris aux jeunes Martiniquais et Guadeloupéens. Ils savent que c’est le même Victorin Lurel qui a tenté, avec Serge Letchimy, de casser l’Université des Antilles pour en faire deux universités croupions, au moment où partout en France les regroupements se multiplient pour faire des économies mais aussi pour une meilleure visibilité internationale.

Ils savent que c’est le même Victorin Lurel qui a reconnu, par écrit, qu’il a accepté de valider le versement de subventions européennes au CEREGMIA, alors que le dossier n’était pas conforme. Une violation de la bonne gouvernance de l’agent public faite sous la pression de son homologue et ami Serge Letchimy.

On connaît aujourd’hui l’ampleur des subventions européennes disparues dans la nature, et que l’Université des Antilles doit rembourser, au détriment des besoins des étudiants.

La juge d’instruction en charge de ce scandale CEREGMIA, cherche à savoir depuis un an qu’une information judiciaire est ouverte pour « détournement de fonds publics » et « escroquerie aux subventions en bande organisée », dans les poches de qui les 10 millions de subventions ont transité et où elles ont atterri.

Entre trafic d’influence, pots de vin, trafic de subventions, trafic de drogue et jusque dans la prison, la Martinique perd ses repères et sombre dans la déprime.

Deux surveillants placés en garde à vue

Depuis lundi deux surveillants de prison, dont un gradé, sont placés en garde à vue. Ils sont soupçonnés d’avoir fait passer des téléphones portables, de la drogue, à des détenus dont de gros trafiquants.

Les deux hommes, âgés de 41 et 51 ans, étaient surveillés depuis plusieurs mois qu’on les soupçonnait de ne pas vraiment faire le travail pour lequel ils sont payés.

C’est que la prison de Ducos est devenue depuis un moment, le dernier salon où on se shoot et trafique tranquille, téléphone cellulaire en main. Au cours de l’année 2014, pas moins de 800 téléphones ont été saisis et bonbon sur le gâteau, 100 kg de cannabis.

Six personnes au total sont en garde à vue. Deux trafiquants ont été sortis de leur cellule pour être entendus dans le cadre de cette affaire, et la police a procédé à deux autres arrestations. A l’issue de leur garde à vue, les deux surveillants risquent bien de contribuer au surpeuplement de la prison, que dénonce depuis des années les syndicats. Encore sous le choc de ces arrestations, le syndicat Force Ouvrière dit espèrer que le discrédit ne sera pas jeté sur l’ensemble de la profession.

Le trafic de drogue gagne toutes les couches de la population entre le chômage qui détruit la jeunesse et des modèles défaillants

Qui peut parler à tous ces jeunes qui se jettent dans le trafic, à l’assaut de l’argent facile, participant sans vergogne à la destruction de leurs congénères, quand les modèles manquent, quand ils voient d’autres se remplir les poches tout aussi facilement et sans plus d’effort ?

Leurs parents qui vont voter et plébisciter des élus condamnés pour avoir mal géré l’argent public ? On se souvient encore de l’affaire Pierre Samot, le maire du Lamentin condamné en 1998 par le tribunal correctionnel à deux ans de prison avec sursis, 70.000 francs d'amende et deux ans d'inéligibilité pour « corruption, trafic d'influence et favoritisme », dans une affaire de passation de marchés publics. Il est revenu aux affaires, confortablement réélu maire avec 84,66 % des voix.

Qui peut tirer la sonnette d'alarme ? Les élus qui leur promettent des emplois au rabais quand ils choisissent de placer leurs enfants et alliés dans les emplois les mieux payés en CDI ?

Que dire à ces enfants de parents licenciés de leurs emplois et présentés comme des parasites mangeurs d’allocations chômage, alors qu’ils sont victimes de certains patrons voyous qui ne pensent qu’à s’enrichir, en jetant leurs salariés comme des kleneex ?

Qui croit encore que l'ennemi public n° 1 est le salarié qui réclame sans flancher ses droits, aidé d'un délégué syndical ?

L’argent de la drogue se glisse dans les familles et dans les circuits de l’économie

Serions nous devenus aveugles ou bêtes pour ne pas voir que dans ce pays où les salaires sont rarement au dessus du SMIC, où les pensions de retraite sont majoritairement misérables, où le taux de chômage des jeunes dépasse les 50%, le train de vie de nombreux compatriotes peut faire croire que nous vivons sur la Cote d’Azur ?

On sourit en lisant que la Martinique est une grande consommatrice de champagne. On se l'offre à 80 euros minimum la bouteille dans les bars, restaurants et discothèques, et sans modération. D'où vient tout cet argent ?

Comment ne pas s'étonner qu'au moment où les hôtels ferment un après l’autre, que les licenciements augmentent, que les salaires sont paralysés, que les charriots de la ménagère  rétrécissent au supermarché sous la pression des prix de la pwofitation, nombre de Martiniquais peuvent acheter de grosses cylindrés, des bateaux de plaisance aux puissants moteurs ?

Les importateurs continuent à vendre, les pompes à essence jaillissent de plaisir, les alarmes et autres protections pour la maison se vendent, la croisière s'amuse, les alcools se vendent bien. Jusqu'à la drogue du violeur qui circule dans les soirées, où les jeunes victimes de pervers gardent un silence de honte. 

Les difficultés ne concernent pas tout le monde et l’argent de la drogue maintient l’économie en se blanchissant comme partout ailleurs. Les affaires de violence liées à la consommation et au trafic des drogues continueront encore longtemps à nourrir les colonnes du quotidien et les reportages des journaux télévisés. La garde des sceaux, Christiane Taubira l'a promis, la Martinique aura une autre prison. Il est peut-être venu le temps de se réveiller avant que le pays tout entier ne devienne une prison.

Lisa David

 

BWÈT ZOUTI :

Extrait de la lettre de Victorin Lurel adressée à Médiapart, suite à un article de Lucie Delaporte :

« En 2009, le CEREGMIA a présenté, pour le compte de l’Université des Antilles et de la Guyane, trois dossiers éligibles à priori au FEDER pour un montant total de 4 718 955 €. Faute d’une remontée régulière et pertinente des pièces justificatives me permettant d’instruire ces dossiers, j’ai décidé de les déprogrammer en ma qualité d’autorité de gestion du programme Interreg Caraïbes en mars 2011.

Afin de prévenir une crise politique avec mon homologue président de région de la Martinique qui estimait qu’en prenant ces décisions de déprogrammation, les intérêts de la Martinique étaient mal défendus, et sous sa lourde insistance, je suis revenu sur ma décision de déprogrammation. »

L’intégralité de ce courrier qui en dit long sur l’exemple que nos politiques peuvent être pour la jeunesse de nos pays, est à lire ici : 

Université Antilles-Guyane: des subventions siphonnées à grande échelle - Page 1 | Mediapart

 

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