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Culture

Olivier Montézume n'a pas déserté le cinéma à cause du confinement, il nous revient avec ses conseils. C'est un film diffusé sur la chaine européenne ARTE qu'il nous invite à découvrir :  "Robe Noire", film austro-canadien réalisé par Bruce Beresford, sorti en 1991. Il sera possible de le voir en replay jusqu'au 10 novembre.

Robe noire

Un film de Bruce Beresford

Scénario de Bian Moore

(1991)

Avec : Lothaire Bluteau (Laforgue)

August Schellenberg (Chomina)

Aden Young (Daniel)

Sandrine Holt (Annuka)

Tantoo Cardinal (la femme de Chomina)

Lawrence Bayne (Neehatin)

Film visible sur Arte en replay

Du 11 /10 / 2020 au 10/11/2020

 

Il est toujours plaisant de voir des films où les autochtones dits aussi natifs, peuples premiers, etc, des Amériques tiennent une place qui leur ressemble au mieux. Loin des westerns où des « sauvages » haineux, ignorants, morbides sont liquidés, comme des ombres, aussi vite qu’ils respirent grâce à la sacro-sainte puissance des armes issues de l’extraordinaire intelligence des blancs.

Nous voilà plongés en 1634 pour un voyage épique en Amérique du nord et plus précisément en nouvelle France. Ce territoire colonisé par les Français qui deviendra le Québec. Evidemment, l'église omniprésente agite son pompon, de mèche avec les militaires dirigés par le sieur Samuel de Champlain, fondateur mythique du Québec.

C’est ainsi que nous suivrons la destinée d’un jeune jésuite, le Père Laforgue interprété pat Lothaire Bluteau et surnommé « Robe noire » par les autochtones. Laforge est envoyé en mission afin de convertir au christianisme les sauvages païens Hurons ce qui permettra évidemment au pouvoir colonial d’assoir sa domination en brisant les fondements de ces sociétés. Cela va de soit.

Robe noire s’impose sur le plan esthétique et scénaristique comme un film de grande qualité. Esthétique, de par la réjouissance que sa lumière nous offre via des paysages magnifiques et nous transporte ainsi dans ce qui est au fond un des rêves du cinéma : Un voyage visuel. Il s’impose aussi sur le plan dramatique par la caractérisation de ses personnages. D’une part, la volonté obsessionnelle du personnage principal (Père Laforge) d’aboutir à sa quête. D’autre part en nous proposant un opposant farouche à cette soumission, un opposant non conflictuelle : La culture Algonquienne . C’est une réussite dramaturgique.

Le réalisateur cherche ainsi à nous rapprocher au mieux de l'art de vivre de ces sociétés traditionnelles. Il nous propose ainsi des moments de convivialité, de partage, de fête. Les Algonquiens sont bien des humains comme les autres. Il y a cette scène où d’un côté les Algonquiens festoient alors que les Français font de même près d’eux. Les musiques se mélangent sans jamais fusionner. Scène symbole de l’opposition de cultures qui ne réussissent pas à se fondre dans l’harmonie. Le père Laforge complètement hystérisé par sa mission salvatrice et sa dévotion à son Dieu unique souffre à convertir les Algonquiens. Les traditions et les cultures millénaires ont la dent dure.

Ce film nous dit aussi que les natifs peuvent et doivent être des guerriers cruels, question de survie dans un monde hostile (à vérifier) Mais la fin, la toute fin laisse pantois et quelque peu amère quant au propos réel de ce film, sa politique. Il semble impossible à nombre de réalisateurs occidentaux (Bruce Beresford est australo-canadien) d'échapper à cette perversion de l'esprit qui vise à culpabiliser les victimes des méfaits de la colonisation. Et voilà que ce grand et valeureux chef Algonquien qui lâchera, au seuil de sa mort, comme un crachat de rédemption christique : « J’aurais été un brave et un grand guerrier.... Je suis aussi stupide et âpre au gain que n'importe quel homme blanc ». 

Et Vlan !! Le colonisé, génocidé, l'est du fait de ses propres turpitudes. Il ne pourra donc plus plaider sa cause, et la boucle est bouclée, et le film court à sa fin : Comme tout le monde est un salaud, par ce que tout le monde y va de ses uniques intérêts. Même les convertis ne le deviennent que par intérêt. Le règne de l’idéologie individualiste, colonialiste reste le grand vainqueur dramaturgique de ce film. 

Olivier B. Montézume

 

 

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