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DANS LE CONTEXTE DU PASSAGE EN VIGILANCE JAUNE (RISQUE VOLCANIQUE)

J’APPELLE A LA VIGILANCE ET A UNE REFLEXION MARTINIQUAISE

 

Nous avons, ces derniers jours, appris, avec surprise, le passage en vigilance jaune pour le risque volcanique, signifiant ainsi la réactivation du volcan de la Pelée.

Dans le contexte de cette nouvelle crise, nous tenons, de prime abord, à saluer la volonté et l’effort de transparence de la part du Préfet de même que sa proposition de mettre en place une cellule de coordination comprenant les représentants des services de l’Etat concernés, les élus, les scientifiques de l’IPGP (Institut Physique du Globe de Paris)... Cette démarche nous rappelle d’ailleurs la préconisation de Joseph Lagrosilière qui appela lors de l’évènement appelé « TI volkan » (entre 1929 et 1932), à travers le concept de patriotisme local, à une vraie coopération au niveau « local », entre représentants de l’Etat et élus, face aux risques naturels majeurs.

Ce faisant et dans ce contexte, tout en refusant la panique et la psychose, loin de toute monstration démagogique, j’appelle sur la question du volcanisme et des risques naturels, à un véritable sursaut martiniquais à travers deux propositions, à court terme d’une part et à plus ou moins long terme d’autre part :

  1. 1) A court terme, la mise en place d’un véritable pôle Martiniquais de vigilance à côté de la cellule de coordination avec les autorités de l’Etat et les scientifiques de l’IPGP (institut Physique du Globe de Paris) ;

  2. 2) A plus ou moins long terme, la constitution d’un véritable pôle martiniquais de développement des connaissances sur les risques naturels en général et sur les phénomènes géologiques et volcaniques en particulier

1) Pour un pôle martiniquais de vigilance

La coordination entre les services de l’Etat, l’IPGP et les élus martiniquais, notamment les maires des communes concernées me paraît essentiel dans la configuration institutionnelle actuelle.

Toutefois, celle-ci ne doit pas nous exonérer de notre responsabilité en tant que Martiniquais.

Ainsi pour répondre à cette exigence, nous proposons la création à l’initiative des maires concernés et de CAP NORD, d’un comité de vigilance qui serait composé des élus, de représentants d’associations martiniquaises qui œuvrent déjà dans le domaine de la culture du risque et de l’écologie, de collectifs citoyens martiniquais et de scientifiques travaillant dans notre pays et/ou rattachés à l’université des Antilles. Cet espace permettrait d’exercer un véritable contrôle citoyen et des élus sur l’activité de surveillance du volcan et sur l’efficience des décisions qui pourraient être prise dans une situation de crise, notamment par l’Etat.

En effet, l’histoire des éruptions de la Pelée (de 1902 et de 1929) nous enseigne, notamment celle relatée à travers les ouvrages de Léo URSULET et de Maurice HENRY, que l’autonomie de la société civile, des élus, des sachants, des citoyens martiniquais est nécessaire quant à l’efficacité de la gestion d’évènements liés aux risques naturels. Dès lors, un tel comité serait de nature à nous permettre d’exercer une vigilance à la fois légitime et intelligente. Il nous permettrait, surtout, de sortir de cette position d’infantilisation qui nous caractérise, plus particulièrement, lors de la survenance de situations de crise. Enfin, il favoriserait un vrai dialogue qualitatif avec les représentants de l’Etat et ceux de l’IPGP.

Pour prendre un exemple concret, ce passage à la vigilance jaune doit nous inciter à une réflexion autonome sur le plan ORSEC « volcan » dont la dernière actualisation daterait de 2016, une réflexion, également, sur les modalités d’évacuation des populations en cas de crise. Dans des pays voisins comme Sainte-Lucie des exercices réguliers d’évacuation sont organisés par rapport à la Soufrière.

  Qu’en est-il dans notre pays ?

Oui, l’alerte jaune est une opportunité de renforcement des moyens scientifiques de surveillance de la Pelée, mais c’est aussi l’occasion d’une véritable mobilisation martiniquaise citoyenne et des élus autour de cette question du risque volcanique.

Un tel espace de vigilance serait, par ailleurs, une contribution intéressante à l’émergence d’une vrai culture scientifique (liée aux risques naturels) partagée dans un pays comme le nôtre aussi exposé à de nombreux risques naturels.

Et, une fois de plus, ne nous aventurons pas à penser que l’exposition aux risques ne concernerait qu’une partie du territoire insulaire martiniquais. Les évènements malheureux de ces derniers jours sont venus nous rappeler que c’est l’ensemble de notre pays qui est concerné par cette question.

Il ne s’agit donc pas de renoncer à vivre et à développer quelque partie de notre magnifique Martinique, mais bien d’avoir une vision du développement et une manière d’occuper nos espaces, d’occuper notre espace qui soit adapté à ses réalités climatiques, physiques, géographiques, voire même historiques. Et pour ce faire j’appelle, aussi, de mes vœux à l’émergence d’un pôle martiniquais de développement des connaissances sur ces sujets ; pôle qui contribuerait au développement de la culture du risque et plus largement de la culture scientifique en Martinique.

2) Pour un pôle martiniquais de développement des connaissances sur le volcanisme, la Pelée...

En effet, ce passage en vigilance jaune est également l’occasion de mettre en œuvre un processus de construction d’un véritable pôle martiniquais de développement des connaissances sur les phénomènes géologiques, volcaniques, sur les conséquences du changement climatique et plus largement sur les risques naturels auxquels nous sommes exposés.

Je voudrais d’ailleurs saluer les initiatives prises dans le passé et allant dans ce sens, comme celle de la majorité de Claude Lise au conseil général de l’époque quant à la construction du CDST à Saint-pierre ; saluer également le travail fait par l’association « Volcans/Planètes », du travail d’un certain nombre d’enseignants chercheurs de l’université des Antilles comme Pascal Saffache ou encore les travaux de recherche et de vulgarisation historique effectués par des historiens comme Léo Ursulet ou Maurice Henry ... Saluer également le projet du DOM de Grande Savane, porté par CAP NORD en partenariat avec la commune du Prêcheur.

Par contre, au- delà des signatures de conventions entre la CTM et l’IPGP, je pense que la collectivité majeure qu’est la CTM a un rôle fondamental à jouer et qui ne se limite pas à la question des équipements et des ouvrages comme la nécessité d’un pont de franchissement de la Rivière des Pères, très justement réclamé, depuis quelques années par différents maires de Saint-Pierre et notamment l’actuel et le précédent (une demande que nous avons toujours soutenue et que nous soutenons encore aujourd’hui).

En effet, pour notre sécurité dans cette zone Nord-Caraïbe, tout en poursuivant le nécessaire partenariat avec l’IPGP s’agissant notamment de la gestion de l’observatoire, il importe d’avoir un véritable dispositif autonome d’observation du volcanisme relevant du type péléen mais également des rivières dites de la Pelée, de leurs crues torrentielles et plus particulièrement de leurs lahars, potentiellement dévastateurs.

Ce dispositif pourrait s’appuyer sur un pôle scientifique qui serait mis en place en partenariat avec l’université des Antilles et pourquoi pas avec l’institut catholique d’enseignement supérieur de Martinique également. Effectivement, le conventionnement avec l’IPGP est certes nécessaire mais ne doit en aucun cas être la seule démarche de la CTM en matière de surveillance de la Pelée et des autres risques géologiques. Les compétences martiniquaises doivent être développées dans ce domaine. Et, nous attendons d’une collectivité majeure de notre pays qu’elle travaille à la réduction de notre dépendance par rapport à l’IPGP en la matière.

Ce pôle scientifique pourrait être également un excellent axe de développement du Nord avec ses retombées touristiques. Il favoriserait l’émergence d’un tourisme basé sur la culture scientifique en relation avec tous les risques auxquels notre pays est exposé.

Ainsi, nous ferions de notre apparente faiblesse, notre force.

Oui, comme nous l’avions déjà exprimé pour la rivière du Prêcheur et ses lahars et comme a eu à le dire, feu Haroun Tazieff, le volcan de la Pelée est certes une source de préoccupation, mais c’est aussi une opportunité pour le développement du Nord et de la Martinique toute entière.

Il est seulement important que nous apprenions à vivre en ayant les pieds sur notre belle terre de Martinique avec et en toute connaissance de toutes ses réalités.

 

Prêcheur, le 6 décembre 2020
Marcellin NADEAU , Maire du Prêcheur et Co-Président du mouvement politique Péyi-a

 

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