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Au Conseil des ministres de ce mercredi 5 février 2020, Stanislas Cazelles, administrateur civil hors classe, est nommé préfet de la région Martinique, préfet de la Martinique, à compter du 24 février 2020. Il remplace Franck Robine nommé Préfet de Corse en conseil des ministres le 15 janvier dernier, deux jours après les tensions et violences qu’a connu Fort-de-France, à l’occasion du procès des 7 jeunes activistes anti-chlordécone. Dans le pays on s’interroge : Un Préfet pour chercher l’apaisement ou pour plus de répression ?

 

Stanislas Cazelles arrive de l’Elysée, où il occupait depuis le 12 juin 2017, le poste de conseiller spécial pour l’outremer du Président de la République. Il succédait à Marc Vizy qui l’était pour François Hollande.  

Cet énarque de 42 ans issu de la même promotion (Léopold Sédar Senghor) qu’Emmanuel Macron, a déjà une longue carrière. Nommé en avril 2004 administrateur civil affecté au secrétariat général du ministère de l'Intérieur, de la Sécurité intérieure et des Libertés locales, dirigé alors par Dominique de Villepin. Le mois d’après il devient chargé de mission auprès du préfet d'Indre-et-Loire, puis est promu en juin sous-préfet de 2ème classe, directeur de cabinet du préfet.

 

En août 2006, il intègre la Direction de l'évaluation de la performance financière et immobilière du ministère de l'Intérieur (DEPAFI), comme chef du bureau des affaires immobilières de l'administration territoriale à la sous-direction des affaires immobilières. En 2008, chef du bureau de la synthèse budgétaire et financière à la sous-direction des affaires immobilières. 

 

Promu administrateur civil hors classe en janvier 2010, puis nommé en septembre, conseiller technique auprès de Brice Hortefeux puis de Claude Guéant. En mars 2011, il occupe le poste de conseiller budgétaire au cabinet du ministre de l'Intérieur, de l'Outre-Mer, des collectivités territoriales et de l'Immigration. 

 

En juin 2017 il a été nommé représentant de l'État au conseil d'administration de l'Etablissement Public et d'Aménagement de Mayotte.

 

Le nouveau Préfet de Martinique n’arrive pas complètement en terrain inconnu. Il a aussi occupé plusieurs postes à la rue Oudinot, au cabinet de Marie-Luce Penchard alors secrétaire d’Etat puis ministre de l’Outremer. Mais sa proximité avec le Président de la République, sa tardive nomination, le clip de fin pour Franck Robine juste après la journée de la colère du 13 janvier, soulèvent de nombreuses interrogations.

 

Le Préfet vers qui tous les regards seront tournés

 

La nomination d’un nouveau Préfet pour la Martinique pourrait s’intituler « Affaire sensible ». Il fallait trouver l’homme de la situation et ce ne fut pas simple. Ce proche conseiller choisi était récemment en Polynésie, en préparation du prochain voyage du Président de la République dans ce pays d’Outre-mer du Pacifique Sud du du 16 au 18 avril prochain.

 

 

Le conseiller spécial était encore en Polynésie le 13 janvier, loin, très loin des grenades qui s’abattaient ce même jour sur la foule devant le Palais de justice de Fort de France. On peut imaginer que son départ n’était pas programmé. 

 

 

 

Faute de connaître les secrets d’Etat, on s’interroge sur ce qui dans le profil du nouvel arrivant, a motivé le choix d’Emmanuel Macron. Et en attendant de lire peut-être dans quelques années les mémoires de Franck Robine, on essaie d’analyser son tranquille séjour de 31 mois en Martinique, jusqu’à ce lundi 13 janvier où se sont mélangées toutes les colères contre l’injustice faite aux sept jeunes poursuivis pour violences volontaires commises sur personnes dépositaires de l’autorité publique.

 



Des jeunes qui bloquent quelque fois, le samedi, l’un des supermarchés du Groupe Bernard Hayot. Ils entendent ainsi dénoncer l’empoisonnement au chlordécone de 95% de la population martiniquaise par les planteurs békés, qui ont importé et fait semer dans les champs de bananes, pendant des décennies, ce pesticide dont la dangerosité était connue.

 

 


 

L’impunité des békés en question



 

L’impunité dont bénéficient les planteurs békés devient de plus en plus insupportable en Martinique. Le nouveau Préfet, ne pourra pas échapper aux tensions que suscite cette situation de justice à deux vitesses. Le président de la République le sait. Quelles instructions a-t-il donné à Stanislas Cazelles ?

Quel rôle ont joué les békés dans la décision du Président de la République de faire partir Franck Robine immédiatement après cette journée du 13 janvier ?  On sait que cette caste ne se gène pas pour demander la tête des préfets qui ne prennent pas les décisions qui leur conviennent.


En 1974, lors de la grande grève des ouvriers agricoles qui réclamaient entre autres revendications, de meilleures conditions de travail, la suppression des produits toxiques, des augmentations de salaire, les forces de l’ordre ont tiré. Les noms des deux ouvriers agricoles tués, llmany Sérier dit Renor et Georges Marie-Louise, sont restés gravés dans les mémoires. Si dans le monde ouvrier on criait « Orsetti assassin » le Préfet de l’époque, Christian Orsetti n’a pas été contesté par les grands planteurs békés.

En 1999, alors qu’un long conflit social chez le concessionnaire Toyota secouait le pays, le Premier ministre Lionel Jospin en visite officielle en Martinique, reçut les chefs d’entreprise à l’Atrium. Il se fit interpeller par le chef d’entreprise béké Roger Roger De Jaham, qui lâcha cette injonction :  «  La Martinique a besoin d'un Préfet, en tout cas d'un homme qui agit en Préfet, garant des libertés de tous. Monsieur le Premier ministre, donnez-nous un Préfet ! » Lionnel Jospin, choqué par tant de désinvolture envoya l’impertinent dans les cordes, lui conseillant d’aller s’occuper de ses entreprises.

 

 

En février 2009 lors de la grande grève qui a mis pendant un mois des milliers de Martiniquais dans les rues, contre la vie chère, dite « Pwofitasion », le ministre de l’Outre-mer Yves Jégo a reçu un appel qu’on croirait qu'il sorti des plantations esclavagistes.

Celui qui n’a pas titré « Le béké m’a tuer » pour raconter son éviction et cet appel à la répression « du plus riche béké de France » raconte dans son ouvrage « 15 mois et 5 jours entre faux gentils et vrais méchants » (Grasset), son lynchage, qu'évoque l’hebdomadaire « Le Nouvel Observateur » dans un numéro consacré à la faillite du Crédit Martiniquais (2515 du 17 janvier 2013) :

«  En 2009, alors que les Antillais se soulevaient, ulcérés par les prix pratiqués par la grande distribution, Bernard Hayot était resté tout aussi muet. Propriétaire des franchises Carrefour, Leroy Merlin et Décathlon, premier importateur de marques alimentaires et leader de la concession automobile outre-mer, gérant de centrales d’achats, d’entrepôts ou de frigos à Rungis jusqu’au Havre, fabricant de béton ou de parpaings, il trouvait injuste d’être érigé en symbole de la « profitation ». Fidèle à ses préceptes, il n’avait pas élevé la voix, cultivant comme toujours les échanges en coulisses, le plus souvent par l’entremise de ses missi dominici.

Yves Jégo, ministre de l’Outre-mer sous Nicolas Sarkozy et viré sans ménagement du gouvernement après les grandes grèves, n’a jamais caché qu’il voyait dans sa disgrâce la main du plus riche béké de France. « Je me suis fait littéralement scalper, sur le thème « Jégo n’assure pas la sécurité des patrons. » Il entend encore l’entrepreneur lui susurrer au téléphone, au plus fort du conflit : « De la fermeté, monsieur le ministre, de la fermeté… - Mais il va y avoir des morts ! – On s’en remettra, on en a vu d’autres… »

Dans le climat actuel, le nouveau et jeune Préfet qu’on dit fervent sarkoziste, aura à choisir la couleur de l’encre avec laquelle il écrira l’histoire de son passage en Martinique, où il prendra ses fonctions en ce mois de février qui n’est pas toujours synonyme de Carnaval pour la population

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Lisa David

 

 

 

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