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La côte martiniquaise allant des villes de Trinité à Saint-Anne, est incontestablement la plus belle. Les îlets qui s’étalent dans la mer ajoutent à la beauté de cette partie du pays Martinique. Ce n’est pas un hasard si ce sont les békés qui occupent en ces lieux, les grands hectares cultivés et les villas construites souvent au mépris des lois sur le littoral. Ils ont l’argent hérité de la plantation esclavagiste et la complicité de l’État, pour acheter ou occuper illégalement. Fort de ces privilèges cette caste béké exprime souvent son arrogance quand « les autres populations » osent trop approcher certains ilets où leurs quais qui prolongent leur pouvoir jusque sur la mer. Ces dernières semaines, des incidents jusque-là restés dans le silence de la soumission acceptée de certains, ont jeté une lumière aveuglante sur ces bizarreries coloniales. Le récent différend qui s’est produit mercredi 12 août, sur le lieu-dit « Grands Fonds » provoque une lettre mouillée de menace du Béké Alain Vivies adressée au Préfet. Des mots qu révèlent une arrogance et un mépris légendaire, mais aussi le sentiment d'être encore maître du pays. Après Guillaume De Reynal qui en janvier dernier appellait sur Facebook sa caste à s'armer contre les emposonnés aux Chlordécone, l'envie de tuer ferait-elle le même effet que le Covid dans la famille béké ?

 Comment expliquer ces surprenantes lignes dans le courrier que le propriétaire Alain Viviès qui ne s’est jamais ému de la « démission de l’État » face à l’empoisonnement au chlordécone, adresse au Préfet. Une lettre, comme pour rappeler au représentant de l’État qu’il est le gouverneur de la colonie, pour protéger les descendants de colons :

« Depuis quelques mois, on assiste médusés à une démission de l’autorité républicaine paralysée ou anesthésiée face à une petit minorité agissante pourtant non organisée et peu crédible. Leur crédibilité, ils l’acquièrent et la confortent à l’aune du désert et du silence assourdissant qui entourent leurs méfaits, désert qu’ils envahissent peu à peu. Cette petite musique raciste commence à prendre du rythme au son du tambour pour devenir envoutante au point que pendant que les réseaux sociaux déferlent de haine incontrôlable, même des citoyens respectables du François se sentent autorisés à laisser sourdre, décomplexés, sans plus aucune retenue, cette haine tapie au fond d’eux, savamment entretenue par une propagande distillée depuis longtemps sans vergogne.

Cette démission de l’autorité morale, intellectuelle et politique de ce pays peut conduire à une impasse sociétale et à des violences regrettables, lourdes de présages sur le devenir de la France Métropolitaine aux prises avec les mêmes problèmes raciaux. »

 

En donneur de leçon aux politiques, aux intellectuels, au pouvoir français, le béké qui dort encore comme la belle au bois dormant, se croit tout puissant. Il se fait même psychologue, sociologue, sans comprendre que le monde et la Martinique avec, se réveille contre les injustices. Il conclue ainsi sa lettre mouillée de menaces, au gouverneur rêvé :

 

« Je sollicite de vous une lecture bienveillante de cette demande de prise en compte d’une poussée de tension raciale, irrationnelle, pouvant conduire à une situation dommageable sur ce petit confetti du territoire Martiniquais. Je ne pense pas être de ceux qui par faute de courage ou par trop d’abnégation pourrait fermer les yeux et subir ainsi impunément le pourrissement de notre environnement et de notre paix sociale. » 

A lire ce major de békéland, on repense à ce qu’écrit dans son livre, Yve Jégo, ancien ministre de l’outre-mer. Un extrait repris par le « Nouvel Observateur » (17 janvier 2013 – N° 2515 – dans son article « Qui a vidé la banque des békés »), sur la faillite du Crédit Martiniquais :

« Yves Jégo, ministre de l’Outre-mer sous Nicolas Sarkozy et viré sans ménagement du gouvernement après les grandes grèves, n’a jamais caché qu’il voyait dans sa disgrâce, la main du plus riche béké de France. « Je me suis fait littéralement fait scalper, sur le thème “Jégo n’assure pas la sécurité des patrons. “ Il entend encore l’entrepreneur lui susurrer au téléphone, au plus fort du conflit : De la fermeté, monsieur le ministre, de la fermeté… — Mais il va y avoir des morts ! — On s’en remettra, on en a vu d’autres… »

On repense à feu Roger De Jaham qui en 2000, interpellant le Premier ministre Lionnel Jospin, lors d’une rencontre avec le patronat à l’Atrium « Donnez-nous un Préfet ! » !  Le chef d’entreprise traduisait l’insatisfaction des békés face à un Préfet, pas assez répressif pendant une grève de salariés. Lionnel Jospin l’avait vertement remis à sa place, l’invitant à aller s’occuper de ses entreprises.

On repense à Alain Huygues-Despointes qui déclarait sur Canal +, trouver « des bons côtés à l’esclavage », et qu’il « faut préserver la race. »

Ce négationniste a été décoré en août 2016 par le Sénateur et ancien maire du François, Maurice Antiste, à la fête patronale de Case-Pilote, dont le maire Ralph Monplaisir est, comme son frère Yan, un défenseur des patrons békés. 

Les intérêts des affaires ne sont jamais bien loin a-t-on pensé à haute voix, quand sur les bancs de la CTM, comme pris d’hystérie, le conseiller territorial Yan Monplaisir poussait un cri du cœur en traitant de jaloux, de racistes, les jeunes qui osent manifester devant les supermarchés du Groupe Hayot, pour réclamer réparation du crime d’empoisonnement du pays et de la population au chlorédone.

Alain Huygues Despointes ventait la co-sanguinité du monde béké, pour préserver la race.



Un autre parent béké qu’on voit dans le même documentaire de Canal Plus, "Les derniers maîtres de la Martinique" (qui reprend un extrait d’un sujet de 1960 de l’ORTF) cousin ou tonton, ou grand père des békés, désigné par le journaliste « un parent de Bernard Hayot » déclare :

Question idiote et tout aussi raciste du journaliste : C’est facile à mener des ouvriers noirs ?

Le tonton, cousin ou grand père Hayot répond : Oui. Le Noir c’est comme un enfant, il faut être juste, on en obtient ce qu’on veut. »

Autre question : Vous êtes un béké, qu’est-ce qu’un béké ?

Réponse du tonton, cousin ou grand père Hayot : 
C’est ce qu’il y a de mieux !  Les békés sont les descendants des Blancs européens, qui se sont reproduits en race pure, dans les colonies. »

 

Alain Vivies qui dénonce le racisme supposé des Martiniquais Noirs, démontre que cette caste n’a pas changé. Elle vit à coté des Noirs avec le même mépris de la plantation esclavagiste où le tambour était interdit. Ce béké ose dans son courrier associer notre tambour à notre sauvagerie supposée qu’il prétend dénoncer auprès de son gouverneur :

« Cette petite musique raciste commence à prendre du rythme au son du tambour pour devenir envoutante au point que pendant que les réseaux sociaux déferlent de haine incontrôlable, même des citoyens respectables du François se sentent autorisés à laisser sourdre, décomplexés, sans plus aucune retenue, cette haine tapie au fond d’eux, savamment entretenue par une propagande distillée depuis longtemps sans vergogne. »

Et si on parlait de « l’autorité républicaine » qui permet d’alimenter les caisses de la PAC (Politique Agricole Commune) pour déverser des millions d’euros sur les plantations des békés, dont d’Alain Viviès ?

Il est important de souligner que ce sont les États membres qui alimentent les subventions qui tombent chaque année dans les poches des agriculteurs. Chaque pays y participe à hauteur de sa richesse nationale et en reçoit une partie en retour. Sans compter les droits de douane, la France (16,2 milliards d’euros) est le deuxième contributeur de l’Union Européenne après l’Allemagne.

Les versements des subventions agricoles effectués en 2018  favorisent de manière scandaleuses les plus riches des agriculteurs, une situation qui a enfin alerté la Cour des Comptes. Dans un rapport d’octobre 2018, l'institution de la rue Cambon dresse un sévère réquisitoire de la répartition des aides agricoles européennes.

Mais les réquisitoires n’ont jamais atteint les privilèges des riches. Nous nous arrêterons ici sur les subventions agricoles versées à Alain Viviès pour ses plantations. On peut remonter à 2011 en lisant l’article que nous avions publié 

http://www.freepawol.com/articles/tour-de-martinique-des-subventions-europeennes-archives-2013

http://www.freepawol.com/articles/la-banane-va-vous-abattre-complicites-politiques-subventions-et-empoisonnement

 

En 2018 au titre du POSEI (Programme d’Options Spécifiques à l’Éloignement et à l’Insularité) pour la période du 16 octobre 2017 au 15 octobre 2018, Alain Viviès a perçu pour sa plantation Ti-Fonds au François près de deux millions de la PAC : 1 797 102, 46 €. Ajoutée à cette somme une subvention FEADER versée en partie par la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) : 246 347,26 € (136 916,34 € + 109 430,92 €).

En 2019 le montants POSEI, pour la période du 16 octobre 2018 au 15 octobre 2019 est aussi généreux : 1 797 102,46 €. S’ajoute une pluie de subventions FEADER qui s’abat sur le Ti-Fonds d’Alain Viviès en mai 2020 avec presqu’un million d’euros : 979 374,29 €. (Voir liste 2018 et 2019 en PJ en bas de page)

Sur les terres du Major de Békéland les millions parcourent chaque année les fonds pour alimenter les plantations en euros. La plantation « Ti-Fonds » frôlait déjà les 2 millions (1 893 517,22 € ) en 2015 et avec 1 795 540,46 €, s’en approchait encore en 2016.

Le Propriétaire de Ti-Fonds, située à l’Habitation Grands-Fond est gérant de plusieurs entreprises domiciliées sur son habitation.  AGRI-DRAG, spécialisée dans le secteur des activités de soutien aux cultures, la SARL FABY crée en 2012 pour la fabrication de cidre et de vins de fruits, FOND-BAN SAS, dans le secteur d'activité de la culture de fruits tropicaux et subtropicaux. On y trouve aussi sa SARL PETITS-FONDS, dans le secteur des activités des sociétés holding. Le multi patron loue aussi des logements avec la SCI SI-CLONE, spécialisée dans le secteur d'activité de la location de logements. On le retrouve dans le secteur d'activité de la photocopie, préparation de documents et autres activités spécialisées de soutien de bureau avec la Société Civile de Moyens BDCK dont il est associé gérant avec Carole Kuligowski.

Alain Vivies qui agite la menace se sent fort, incapable de voir l’évolution de ce « confetti » où les jeunes ne sont plus les enfants des ouvriers des plantations, éduqués à baisser la tête, à sourire, douvan bétché-a.

Dans les prochains jours où sont prévu des rassemblements, marches, et procès de jeunes militants, on saura si le Préfet se met au garde-à-vous, pour ne pas déplaire aux derniers rêveurs de la Martinique. 
 

Lisa David

 

La lettre mouillée de menace...

 

 

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