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Société

La récente lettre de soutien de Geneviève Fioraso, Secrétaire d'Etat à l'Enseignement supérieur et à la Recherche, est bienvenue pour Corinne Mencé-Caster. La présidente de l’Université Antilles-Guyane a encore besoin d’encouragements au vu des courriers qu’elle reçoit ces jours-ci.  De véritables coups de massue après les mails injurieux, les menaces, provoqués par sa plainte au procureur. Les détournements de fonds du CEREGMIA ont placé l’université, en mode remboursez !

Après des années d’aveuglement, et on sait qu’il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir, les responsables de l’Etat, les politiques, réagissent. Et les créanciers se manifestent. Euro Institut (Institut pour la coopération transfrontalière) annonce à la Présidente,  être au regret d'exclure l'Université Antilles-Guyane d'un projet prévu en partenariat, cofinancé par le programme européen Léonardo transfert d'innovation. Une lettre qui montre les insuffisances, le manque de rigueur du CEREGMIA,  dans la préparation des dossiers de demande d'aide européenne. Résultat,  l'université doit rembourser des sommes déjà versées au CEREGMIA.

Au moment où les défenseurs du CEREGMIA sortent du bois, l'université commence à payer les conséquences de cette gestion obscure du laboratoire de recherche. Les étudiants sont déjà les premières victimes, Corinne Mencé-Caster a du adresser un courrier aux doctorants pour les rassurer quant à la poursuite de leurs travaux de thèse.

Dix jours avant le courrier d’Euro Institut,  c’était  le président du Conseil Régional de Guadeloupe, Victorin Lurel,  qui écrivait à la présidente de l’Université pour lui annoncer son intention dorénavant « d’appliquer le principe de précaution ». Une précaution qui a des conséquences « le comité de sélection du programme INTERREG Caraïbes, réuni le 3 avril 2014 à Saint-Martin, a décidé de suspendre la certification et le paiement des opérations portées par le CEREGMIA,  dans l’attente des résultats des procédures judicaires en cours. » Et là encore il va falloir rembourser puisque Victorin Lurel avertit : « En outre, j’ai également demandé à mes services de procéder à un plan de reprise des trois opérations portées par le CERGMIA. En fonction des résultats qui me seront communiqués,  je n’hésiterai pas à prononcer la  déprogrammation des opérations, avec reversement des sommes indûment perçues. »


Le 10 avril 2014, le Préfet, Laurent Prévost écrivait à la présidente. L’Etat marque enfin son autorité de contrôle. Le représentant de l’Etat en Martinique annonce ses décisions prises, suite à une mission d’audit effectuée à sa demande, sur quatre opérations portées par l’Université des Antilles et de la Guyane, au titre du programme 2007-2013 :

« En conclusion des observations des contrôleurs, j’ai décidé que :

  -  toutes les opérations cofinancées par le FEDER et relevant du CEREGMIA fassent l’objet de vérifications approfondies par les services instructeurs compétents, tant sur le point de la réalisation physique des projets que sur les dépenses payées. Les services instructeurs prendront contact afin de fixer les dates des entretiens.

A l’issue de ces vérifications, les services instructeurs établiront un rapport sur lequel je rendrai une décision définitive;"   (Nous publions en bas de page ce courrier)

On se demande bien pourquoi le CEREGMIA a pu ainsi gérer avec une telle désinvolture l’argent publique, malgré les constats alarmants de la Cour des Comptes dans deux rapports.

Il n’est en revanche pas besoin de se demander pourquoi une campagne de désinformation est lancée par les quelques défenseurs du directeur du CEREGMIA. Des défenseurs qui trouvent dans les médias généreusement financés par la Région, par l'argent public, un moyen de propager la thèse du complot lancé contre le directeur du CEREGMIA, Fred Célimène, suspendu de ses fonctions par la présidente de l’université, qui a suivi les préconisations de l’IGAENR (l'Inspection Générale de l'Administration de l'Éducation Nationale et de la Recherche). 

Des missiles de la désinformation lancés pour enfumer l'opinion

Une campagne de désinformation est lancée, pour détourner les effets explosifs du dossier qui est actuellement entre les mains d’un juge d’instruction. Le 23 mai, on a pu voir Maître Dorwling Carter, un des avocats du directeur du CEREGMIA, par ailleurs animateur d’un rendez-vous de la presse, entreprendre sur Zouk TV la défense de son client, expliquant que la journaliste de Médiapart qui a enquêté sur cette affaire n’a rien compris. L’avocat lit de larges extraits de l’article, le décortique, le critique, sans qu’il ait en face de lui un contradicteur : « Quand on lit l’article, je l’ai lu, je suis malheureusement juriste, il y a des choses qui n’ont pas été comprises sur le plan technique par la journaliste… Il y a une incompréhension des mécanismes, notamment des fonds éligibles ou pas éligibles »  Il condamne le fait que la journaliste ait tiré un jugement à partir des rapports de la Cour des Comptes, en s’arrêtant « sur un point T d’un rapport qui n’est pas terminé. » Et jetant le discrédit sur le travail d’une professionnelle de l’information il continue « elle prend des informations d’un clan, je ne dis pas d’un clan, c’est péjoratif, mais d’une partie qui est impliquée. D’acquérir cette information et la considérer comme acquise, de manquer de vigilance et à partir de là, partir au combat contre l’Etat, contre la Région..."

Eddy Marajo qui n'est pas journaliste mais patron d'une revue,  ajoute sa sauce « ce n’est qu’une nouvelle traduction de la toute puissance médiatique ».  Il interroge « est ce que les médias sont les bras armés de la vérité,  ou est ce que les médias choisissent de temps en temps d’être les bras armés de règlement de compte ? »  Maître Dorwling Carter se moque des informations, qui pour lui,  contrairement à ce qu’a affirmé la présidente de l’Université, sont fausses : des documents comptables de l’université n’ont pas pu disparaître, c’est impossible,  « c’est une polémique à l’intérieur de l’université pour faire du buzz, on sait que ce n’est pas sérieux. Voilà une journaliste de Médiapart qui reprend ça comme acquis ». 

Le journaliste de «France-Antilles», Gabriel Galion  commente malicieusement :  « si on en parle tant, c’est que ça gène, je me demande que font les conseil des personne mises en cause ? » Eclats de rire sur le plateau. L’avocat précise avant de conclure l’émission : « Pour répondre à ta question, Médiapart sera assigné en diffamation ».

La désinformation prend toutes les formes.  Un mail d’un proche collaborateur du Président du Conseil Régional, membre de son cabinet,  a fait le buzz la semaine dernière. On peut y lire :

« Et si l’affaire de l’université Antilles-Guyane n’était rien d’autre qu’un savant enfumage politico médiatique au service des intérêts personnels d’une citoyenne avide de pouvoir prise dans les filets de pseudo-stratèges politiques. Le camp MIM se révèle aujourd’hui être son principal soutien pour officiellement sauver l’uag.

Alors qu’on appelle à la rescousse la population martiniquaise par le biais d’une pétition qui peine à réunir ses 5000 signatures, dans le même temps on déballe, on cloue au pilori le directeur du Ceregmia.                                

Un étalage public de vérité, contre-vérité, avec pour seul objectif de faire tomber le directeur de la structure qui n’a aucune personnalité juridique. Le CEREGMIA n’a aucune existence juridique toutes les décisions relèvent de la présidente de l’université.                                                                                                     

A qui profite le crime ?  L’intérêt pour agir n’est autre que destabiliser le président de région, préparer les élections en vue de la future CTM (NDLR Collectivité Territoriale de Martinique)  et pour cette assoiffée de  pouvoir, négocier une bonne place en son sein. »

Faut-il comprendre que le Président de Région savait que le CEREGMIA n’avait aucune existence juridique quand lui et sa majorité votaient un million d’euros de subventions pour ce laboratoire, alors même que la présidente de l’Université lui avait adressé un courrier signalant qu’elle n’avait signé aucun document en ce sens ?  L’affaire du CEREGMIA n’a pas fini des faire des vagues.      

 

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