Parce que nous avons besoin d'une presse libre

Actualité

La séance plénière de la Collectivité Territoriale de Martinique de ce mois de février, quelques  jours avant le Carnaval, a été l’occasion d’un échange troublant entre l’élu En Marche pro PPM Fred Lordinot et Daniel Marie-Sainte élu MIM, vice-président de la Collectivité et président de la commission d’appel d’offres. Le premier s’indignait des retards de paiement des entreprises, sous-entendant que les caisses de la CTM seraient vides. Piqué au vif mais restant calme, le deuxième a expliqué les retards par des circonstances indépendantes de sa volonté, jurant que les sommes nécessaires sont disponibles. Mais rapidement, l’échange s’est transformé en lancement de casseroles supposées des uns et des autres. 

« Le Président Marie-Jeanne a fait toutes les démarches pour que la trésorerie de la CTM puisse permettre de couvrir les dépenses en instance. Je peux témoigner qu’il y a eu en fin 2019 des prêts en trésorerie pour payer les mandat en instance… » Daniel Marie-Sainte a détaillé les démarches avant de révéler à nouveau ce qu’il avait déjà décrit sur sa page Facebook qu’il alimente quotidiennement, comme un journal intime. 

« Nous avons eu des informations que, pendant le mois de décembre le montant des sommes qui étaient sur le compte de la collectivité, étaient supérieures au montant des mandats en instance. Néanmoins, les mandats peinaient à être payés. Le président s’en est ému, il à même adressé un courrier au payeur pour lui demander quel était le problème, que s’il fallait un renforcement de le lui faire savoir. D’après ce que nous avons appris, le payeur doit obtenir une autorisation de sa hiérarchie. Je certifie que si les entreprises ne sont pas payées aussi rapidement que nous le souhaitions, ce n’est pas par manque de trésorerie… Il faut que les services de la direction des finances publics donnent davantage de moyens à notre payeur, pour que notre payeur puisse liquider, c’est-à-dire transformer en argent liquide tous ces mandats qui sont là en attente…   »

L’élu explique qu’en allant sur des chantiers, des ouvriers lui confient qu’ils sont privés de travail parce que leur patron dit « la CTM n’a pas payé. » L’ancien syndicaliste dit qu’il consacre une bonne partie de son énergie pour que les paiements soient effectués dans les délais. Mais une petite phrase qu’il ajoute avant de conclure, met le feu aux poudres :

 « Le collègue qui s’exprime souvent est bien placé pour le savoir, puisqu’il est entrepreneur lui-même et je veille à ce qu’on paye son entreprise aussi rapidement que les autres, dès lors que la prestation est faite, ce qui n’est pas toujours le cas. »

Après avoir conseillé à son collègue d’arrêter de baratiner sur Facebook, Fred Lordinot l’invite à « arrêter de personnaliser le débat avec moi, parce que je peux le personnaliser avec lui. Je le lui dit pour l’ultime fois. Collègue arrête de personnaliser le débat me concernant. Parce que tu sais, je ne suis pas sur que ça soit très avantageux pour toi. Je te demande une fois de plus d’arrêter de mettre en cause mon fonctionnement en tant que chef d’entreprise. Il faut que cela soit clair et inscrit dans le PV. Ces allégations que tu fais depuis plusieurs séances, je les note. Je te demande d’arrêter ce type d’allusions, parce que jusqu’à nouvel ordre, je ne suis pas mis en examen. Tu comprends ? Jusqu’à présent je ne suis pas devant un tribunal correctionnel. Jusqu’à présent je n’ai pas signé de bon de commande pour faire des photos et être incapable de montrer le bon de commande. Donc je te le dis, ne dépasse pas la ligne jaune avec moi. » Ambiance !


L’ancien militant indépendantiste Daniel Marie-Sainte tente de mettre KO son adversaire, lui faisant au passage une leçon de droit. L’homme connaît son sujet : « Le collègue semble ignorer le code de la commande publique, les intérêts moratoires sont dus. Je l’invite à aller relire le code de la commande publique. »  Puis le grand déballage reprend :

« Comme il me répond personnellement, je révèle qu’en sa qualité d’entrepreneur, il est allé faire pression sur les agents de la commande publique de la CTM, pour essayer de faire modifier un marché que son entreprise a passé avec nous pour faire des enseignes. Et c’est depuis ce moment là que j’ai senti qu’il y a des pressions faites sur nos collaborateurs, que je m’insurge contre ça. Je lui ai dit de ne pas mélanger les genres, Il est élu, les collaborateurs évidemment ont le respect des élus. Son entreprise a répondu à un appel d’offres pour faire les enseignes, tout le monde constate que les enseignes tardent à être posés sur nos immeubles, au point que je me fait critiquer, alors que les bons de commande sont émis. Il voulait introduire des prix nouveaux, alors que les prix nouveaux ne peuvent être introduits que par la commission d’appel d’offres. Alors arrêtez d’aborder ce point la. Puisque tu me pousses à révéler cela et je peux recueillir le témoignage des agents qui ont subi cette pression.»

Fred Lordinot se défend, il réclame les témoignages. Et pour se justifier il affirme avoir adressé deux lettres recommandées au président de la collectivité, qui n’ont jamais pas eu de réponse. Il lance lui aussi des accusations :

« Maintenant toi tu peux décider de faire pression sur les chefs d’entreprise, comme tu le fais à Grand-Rivière où tu essaie de faire annuler un marché d’un jeune Martiniquais qui a une entreprise à Grand-Rivière, qui a une machine qui fonctionne et  tu essaies aujourd’hui pour des motifs assez scabreux, de casser son marché. Je te dis que moi, je peux avoir n’importe quel débat avec toi. Et je te demande, si tu dis que tu as signé un bon de commande de 1400 euros pour des photos, donne nous la photocopie de ce bon de commande. » 

L’élu fait allusion là, à l’initiative prise par la la CTM de payer un photographe pour qu’il aille, le 3 février 2019, prendre des photos du meeting de présentation de Péyi-a, un nouveau parti créé par Jean-Philippe Nilor, ancien militant du MIM, déclaré ennemi public n°1 d’Alfred Marie-Jeanne, président de la CTM et du MIM. L’affaire avait fait grand bruit, personne ne comprenant l’intérêt pour la collectivité de tels clichés, sinon celui de repérer les éventuels « traites » présents. Daniel Marie-Sainte avait déclaré avoir signé le bon de commande de cette mission, qu’on croyait classée secret défense.

L’élu pro PPM et En Marche continue son offensive « Je te demande d’arrêter ce type d’allégation que tu ne peux pas prouver, parce que ceci montre ton niveau d’irresponsabilité et de lâcheté. »  Et il répète encore : « Je ne suis pas mis devant le Tribunal correctionnel, je ne suis pas mis en examen « , entretenant un doute, un mystère. 

La révélation sur les pressions faites sur les fonctionnaires de la collectivité ont mis l’élu en colère : « Il faut arrêter ces attaques sournoises contre les chefs d’entreprises martiniquaises quand tu es allé versé 5 millions d’euros à Vinci, de pénalités de retard et d’intérêts moratoires. Arrêtes d’attaquer les entreprises martiniquaises et de te coucher devant les multinationales. »

Il n’est pas inutile de rappeler ici, que sur le dossier du TCSP, dont l’interminable construction a été gérée par la majorité PPM à la tête de l’ancien Conseil Régional, il y aurait beaucoup à dire. La multinationale Vinci continuera s’enrichir sur le dos des Martiniquais pendant des décennies.

Le président de l’Assemblée, Claude Lise, a tenté vainement de mettre fin au déballage des deux élus, au nom de l’image donnée de la Collectivité : « Collègues, je vous conseille de ne pas continuer sur des dossiers aussi délicats… » il est interrompu par Fred Lordinot qui lâche   : « Je ne parle même pas du dossier d’enrobé avec la Colas ! » 

Le lancé de casseroles n’était plus contrôlable dans l’hémicycle. Daniel Marie-Sainte ne laisse pas au Président Lise la possibilité de reprendre l’ordre du jour : 

 « Président je ne peux pas laisser dire des choses erronées. A Grand-Rivière le mandataire n’est pas une petite entreprise martiniquaise, c’est une entreprise du Groupe Vinci, Caraib-Moter. Et son marché sera résilié, parce qu’il ne respecte pas les engagements. Je ferme la parenthèse, et je présente le dernier dossier.»

Le président de la commission d'appel d'offres avertit : « Maintenant vous allez toujours me trouver en face de vous lorsque, utilisant sa casquette d’élu, on va faire pression sur des administratifs qui sont mes collaborateurs directs, qui sont très dévoués à la collectivité et qui mettent en permanence en cause, leur propre responsabilité. Il faut que vous sachiez que les agents de la commande publique occupent des postes très sensibles, il ne passe pas une semaine sans qu’ils soient convoqués au SRPJ (NDLR Service Régionale de Police Judiciaire) pour être interrogés, donner des explications sur les marchés que nous avons attribués. »

Et l’ombre de la famille Monplaisir passe entre les casseroles qui volent de l’hémicycle

L’entreprise dite martiniquaise par Fred Lordinot, immédiatement contredit par l’élu responsable de la commission d’appel d’offres qui cite le nom Caraib-Moter

CARAIB-MOTER est aussi martiniquaise. Elle née de la fusion d’une société de construction routière, « CARAIB », (Compagnie Antillaise de Routes et d'Autoroutes et d'Importation de Bitume) crée par Ralph Monplaisir (l’actuel maire de Case-Pilote) et immatriculée au Tribunal de Commerce de Fort-de-France le 2 août 1990.

Selon le site BTP Martinique, « CARAIB est née de l'initiative d'investisseurs locaux, la famille MONPLAISIR et AUBERY qui ont fait appel à la société JEAN LEFEVRE en 1990 pour casser le monopole de COLAS sur la Martinique.»

L’entreprise est dès sa naissance rattachée au Groupe français  Jean-Lefebre et MOTER (Société Moderne de Techniques Routières) qui a été racheté en 2000 par Eurovia, filiale de Vinci. L’entité CARAIB-MOTER est née en 2004. Spécialisée dans le secteur d’activité de la construction de routes et autoroutes, son siège est installé  dans la zone industrielle de Lézarde au Lamentin depuis le 31 mai 2004. 

 

Parmi les administrateurs figurent plusieurs membres de la famille Monplaisir, dont Lionnel, président du Groupe du même nom où il a succédé à son père Yan Monplaisir.  A 45 ans, le fils est à la tête d’une vingtaine d’entreprises et a été désigné administrateur de Caraib-Moter en octobre 2018, en remplacement de la Société SOFINPAR, démissionnaire.

 

Sofinpar une société spécialisée dans le secteur d'activité du conseil pour les affaires et autres conseils de gestion et vielle de 32 ans, que Lionel Monplaisir connaît bien puisqu’il en est le président depuis le 26 janvier 2018. Yan Monplaisir, 1er vice-président de la CTM depuis 2015, en a été le Directeur général jusqu’au 4 mai 2018. 

 

Le groupe Vinci apparait dans la liste des actionnaires sous le nom de sa filiale EUROVIA. La multinationale française est impliquée dans de nombreux secteurs en Martinique où elle est bienvenue, puisque tous les chemins des décideurs politiques de Droite comme de Gauche, en faisant un siyak par les dits indépendantistes, passent par Vinci. 

Le nom de la multinationale est devenu familier en Martinique depuis que la majorité PPM de l’ex Conseil Régional a signé avec elle pour le chantier du TCSP, un juteux partenariat public-privé, pour une durée de 20 ans.  Ce chantier interminable de 13,9 Km  pour 400 millions d’euros, qui a fait coulé beaucoup d’encre.

 

Vinci c’est aussi la SOGEA et bien d’autres entreprises qui dominent les marchés publics de Martinique. Sur le site de Caraib-Moter on peut lire : « Les travaux maritimes : branche d’activité particulière qui comprend l’ensemble des travaux de quais, ports, dragage, pose de câbles en mer. Caraib-Moter possède environ 50 % de ce marché en raison des gros investissements en matériel.. On compte notamment parmi ces ouvrages la plupart des appontements des communes du littoral de Martinique comme Case-Pilote, Tartane, Schœlcher ou encore Saint-Pierre. »

 

Deux élus territoriaux s’affrontent sur des marchés publics en ignorant quels sont les actionnaires des entreprises qui obtiennent ces marchés ?

 

Fred Lordinot parle de petite entreprise martiniquaise. Pourtant élu depuis des années de la majorité PPM, passé publiquement chez LREM, (ce qui n’est pas le cas de certains qui vont en secret à la soupe Macroniène) il a connu l’épisode TCSP-PPM-Vinci, qui a si souvent animé les débats de l’ex-Conseil Régional. On ne peut s’empêcher de sourire en entendant cet élu accuser Daniel Marie-Sainte de se « coucher » devant les multinationales.


Quand le patriote Daniel Marie-Sainte contredit son collègue en l'informant que l’entreprise  attributaire du chantier de Grand-Rivière, est le Groupe Vinci, il nous laisse croire que c’est un corps étranger. Mais ce n’est pas vraiment le cas.  CARAIB-MOTER, filiale d’Eurovia, donc de Vinci, est une entreprise où la famille Monplaisir a aussi des intérêts. Mais ça, personne n’ose le dire, pour ne pas  gêner Yan Monplaisir, le premier vice-président et membre de la majorité proche d’Alfred Marie-Jeanne.

 

Même si les séances plénières sont retransmises en direct, Daniel Marie-Sainte a publié sur sa page Facebook, cet extrait du grand déballage, comme pour démontrer qu’il ne craint rien. Mais à coups de grosses et petites casseroles, la vie politique dégoute les citoyens qui constatent qu'avec le PPM (Parti Progressiste Martiniquais) et le MIM (Mouvement Indépendantiste Martiniquais) qui se succèdent depuis des décennies à la tête de cette institution politique, le pays continue son sur-place, sinon son recul. 


Lisa David

 

 

 

 

 

     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Site de presse en ligne
ISSN 2726-0100

Aidez Freepawol

pour une presse libre

Dans la même rubrique...

« Alisette va rejoindre ton ami Mawad et je vais te faire une fiche S kréol comme S….pe 

Le TCSP qui n’en finit plus d’être opportunément essayé, a été mis en circulation sur les routes où les travaux commencés depuis nanni-nanan ne sont toujours pas achevé

Au Port de Fort-de-France hier soir, une soixantaine de militants écologistes ont été violemment bousculés, trainés par des gendarmes déchaînés. Ces militants n'étaient

Pages

1 2 3 4 5 »

Articles récents

Les déclarations des élus et responsables politiques qui ont suivi la destruction des statues de Victor Schloelcher à Fort-de-France et à Schoelcher ce 22 Mai 2020, ont

Si les indignés de la destruction des statues de Victor Schloelcher se comptent à la pelle, on les a peu ou pas du tout entendus pour critiquer l’affiche indigne publié

Pages

1 2 3 4 5 »