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George Pau-Langevin, ministre des outre-mer, a déclaré pour voler au secours du Président de la République, qui n'a pas répondu à la lettre ouverte de Joelle Ursull : « Par définition ceux qui sont allés chercher les esclaves en Afrique pour travailler dans les exploitations ne voulaient pas les exterminer, ils voulaient les faire travailler gratuitement.» On est rassuré, elle ne dit pas la chance que nous avons eu d'avoir rencontré ces gentils colons qui avaient la gentillesse d'organiser le voyage de l'Afrique aux Amériques. Elle ne décrit pas les joies de la croisière offerte. D'autres descendants d'esclaves ont aussi pris leur plume pour chercher à minimiser le crime. Nicole Cage, et Joelle, tousenpleman, nous rassure : la barbarie esclavagiste n'a pas généré que des larbins.

Elles sont des femmes courage, des femmes antillaises qui osent dire. Joelle Ursull et Nicole Cage sont des femmes qui font notre fierté.

Joelle Ursull qui a pris sa plume pour mettre en garde le président de la Républque contre les maux qu'il peut provoquer par ses mots-négation. Il a déclaré que la Shoah est « le plus grand crime jamais connu et commis dans l'Humanité. » C'était le 27 janvier dernier, dans son discours au Mémorial de la Shoah, à Paris, que François Holande niait ainsi le crime odieux de l'esclavage et ses millions de morts.

Nicole Cage qui a pris sa plume pour apporter son soutien à Joelle que des descendants d'esclave, comme au temps sombre de la plantation, sont tentés de lyncher pour voler au secours du maître, resté dans leur inconscient.

Joelle Ursull, tente d'encaisser les coups en faisant dit-elle "l'amazone". Sur sa page Facebook elle l'écrit à Nicole Cage :

 

Soyons, tousenpleman…

Quand Joëlle Ursull s’est installée pour écrire sa lettre ouverte à François Hollande, elle était sûrement loin de se douter du wélélé que provoquerait sa missive, non pas chez l’autre mais au sein de sa propre communauté, de ses gens, de ses vrais ou supposés frères et sœurs.

Et vrai, je suis proprement estèbèkwè de l’agitation engendrée par une lettre somme toute banale… Sauf… qu’elle a pris le parti d’interpeller directement le président de leur république… Qu’en lançant son cri, elle a lancé à nos faces d’aveugles, de sourds, d’amnésiques volontaires un bien cruel miroir… Qu’en ne s’adressant  en apparence qu’à François Hollande, elle touchait par ricochet, sans en être consciente, à cette zone de non-être, à cet espace obscur que nous, « porteurs sains » de l’atavisme de la déportation, de l’esclavage et de la colonisation, cachons au fin-fond de nos âmes et de nos corps malades… Elle a, sans le savoir, effleuré la fourmilière et a dû assister, surprise comme nous, au ballet de fonmi-fol qui a suivi la lecture de son brûlant message.

Elle ne se doutait pas que sa lettre ferait à ce point mal là où ça fait mal en nous… Elle ne pouvait savoir qu’elle mettrait de telle sorte en pleine lumière cette blesse incurable avec laquelle nous avons appris tant bien que mal à composer…

Et vrai, j’ai mal à mes gens… Mais ce sont mes gens… Je les aime, mes gens…L’amour fait mal, surtout quand le terreau sur lequel il germe et croît est d’informe matière, de bric et de broc, de pus qui n’a pas su trouver le chemin de la sortie, la voie du nettoyage ; de sang caillé, de mots qui n’ont jamais trouvé à prendre forme, de haillons puants, de terre blessée, de mémoire sacrifiée…

Vrai, quand je lis les lettres insultantes que nombre de mes gens balancent à la tête d’une des leurs qui n’a fait que dire sa douleur et sa colère… j’ai mal… Je me dis en souriant jaune que je ne savais pas que mon peuple comptait tant de penseurs, d’intellectuels, d’historiens, de femmes et d’hommes de lois…Je me demande en riant jaune où ils se terraient quand l’Histoire exigeait qu’ils fussent là, debout-campés au nom de qui nous fûmes, de qui nous tentons « bien-malement » d’être… Je me demande encore pourquoi leur talent, leur science, leur érudition ne trouvent soudain à s’exprimer que pour voler au secours du maître, que pour lyncher l’une des leurs, que pour étouffer le cri qui en eux s’agite et se morfond et s’éteint…

Comme l’histoire se répète !

Mais ils sont mes gens…

Et puis je me dis que Joëlle Ursull ne peut ni ne doit s’atteler à répondre à chacune de ces injures, à expliquer encore et encore la motivation de son cri. Elle n’a pas à le faire, et nous non plus… Energie et temps perdus, que nous pourrions utiliser à tant d’autres tâches, urgences, devoirs…

Ils sont ce que je suis… Ils sont mon miroir… Ils sont ce à quoi je m’efforce de ne pas  ressembler, dussé-je prier encore chaque nuit et chaque matin de la vie qu’il me reste à vivre… Ils sont nous… Ils sont ce que l’esclavage et la plus savante des colonisations du monde (je veux parler du système colonial français !) ont fait de nous…Ils sont les fruits amers de tant de siècles de mépris, de négation, de crachats « mot-phrasés » en madou de la convivialité, de la résilience, de l’illusoire « vivre-ensemble »…

Les rejeter, c’est rejeter ce que nous sommes encore, à des degrés divers. Nous avons besoin d’eux… Besoin que leur science, talent, savoir, érudition trouvent à s’employer à de plus nobles et urgentes tâches… 

Ils ont besoin de nous… Besoin que nous – un titak plus conscients qu’eux de qui nous sommes, de ce que l’Histoire et l’avenir nous doivent- nous leur tendions le miroir… Que nous leur sachions gré de mettre à jour la blesse collective qui nous englue encore…

Alors, ne rien dire, ne rien faire ? Non !

D’abord, juste là, l’élan irrépressible de prendre dans mes bras cette sœur qui a osé quand moi, je me suis contentée de ce « tjip » qui nous sauve et qui nous perd aussi… L’élan que nous l’entourions tous de nos bras ardents pour lui dire merci, pour la protéger des salves qui ne manqueront pas de l’atteindre encore… L’élan de laisser la tendresse faire ses affaires en nous et entre nous… L’élan de prendre enfin le temps de nous émanciper de la pudeur qui nous détient prisonniers en ses rets de bien-pensance, de bienséance, pour nous regarder zié-dan-zié… Oui, oser, avoir le courage de prendre la mesure de nos regards qui ont trop pris le pli de se fuir, de s’éviter ; sortir de l’évitement de nous-mêmes ; prendre la mesure de l’énergie, de la force, de la lumière de nos regards d’estime, d’affrontement aussi, et d’amour l’une, l’un pour l’autre, l’une, l’un avec l’autre, l’une, l’un en l’autre…

Et puis, surtout, continuer d’être et de développer davantage encore ce qui nous a permis de survivre, de ne pas devenir plus névrosés et tourmentés que nous  ne le sommes, ce qui nous a empêchés de sombrer… Ce qui nous a donné le toupet d’offrir au Monde une manière, une proposition, des mès, un kanman, une faconde, un voukoum créatif, une exubérance, une sagesse, un savoir-être singuliers, inédits, nôtres…

Nous n’avons rien à prouver : nous sommes vivants et féconds quand nous aurions dû ne plus exister ! Nous sommes joyeux quand nous aurions dû être aigris et revanchards ! Nous, les enfants de l’ellipse –celle qui nous charroya des côtes africaines jusqu’aux terres d’isidan, cependant les meurtres, les viols, cependant les mers rougies, cependant, oui, le génocide - nous les enfants de l’ellipse, nous avons réussi à faire naître du néant un quelque chose qui est loin d’être rien, un quelque chose qui nous fait uniques, rebelles, attachants, curieux, facétieux, un quelque chose à définir encore –mais est-il plus besoin de le définir que de le VIVRE !

Ce quelque chose qui n’est pas rien, continuons de l’explorer, de l’arpenter, de le vivre, de l’exalter, de le valoriser, de l’exposer en pleine lumière…

Continuons d’être insolemment qui nous sommes devenus cependant l’infatigable négation, l’inépuisable reniement !

C’est la meilleure réponse que nous saurons donner à ceux-là qui continuent de nous nier… C’est la meilleure chose que nous puissions faire pour nous-mêmes… Y compris pour nos gens qui ont honte d’être des nôtres…

Soyons, insolemment, joyeusement, généreusement, impudemment, imparfaitement, génialement, violemment parfois, suavement souvent… Soyons, tout simplement !

Nicole Cage

Schoelcher, Martinique, le 15 février 2015

La lettre de Joëlle Ursull

Vous avez osé, Mr Hollande, en 2015 au vu et au su de tous, insulter par omission des peuples, oui des peuples entiers. Lors de la commémoration du 70ème anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz, vous avez affirmé que : « LA SHOAH EST LE PLUS GRAND CRIME, LE PLUS GRAND GENOCIDE, JAMAIS COMMIS ».

Alors Mr le président je suis furieuse d’une telle déclaration. Car ou vous êtes inculte ou vous faites semblant de l’être……..
C’est ce genre d’hiérarchisation des horreurs de l’humanité, qui engendrent d’autres discriminations, toutes aussi pernicieuses. Voilà pourquoi de nos jours en France, si vous marchez sur le pied d’un juif, c’est une agression antisémite. Mais le tort fait aux autres (Noirs, Maghrébins etc.) c’est juste du racisme ordinaire. C’est à s’y perdre Mr le président.

Alors comment expliquer le fait lorsque vos compatriotes noirs, arabes ou asiatiques sont agressés par des activistes d’extrême droite, il ne se trouve aucun homme politique pour le dénoncer autant que s’il s’agissait d’un acte antisémite ? Et dans le dernier malheur ayant touché notre pays et fait 17 victimes, dont 4 juifs, l’attention du grand public n’est presqu’attirée, que sur ces 4 victimes.

Rendre hommage à la mémoire de ces victimes et compatir à la douleur de leurs familles est un devoir noble qui nous incombe tous. Mais n’est ce pas excessif et discriminatoire, de vouloir inscrire l’histoire de la shoah à l’école, en oubliant les autres histoires comme celle de vos compatriotes descendants de millions de déportés africains ?

Mon but ici n’étant pas de chercher à communautariser ni l’Histoire ni les Mémoires, ce qui serait la porte ouverte à une hiérarchisation victimaire. Car il n’y a pas de degrés dans l’horreur, ni de monopole de la souffrance. Aussi, comme l’histoire nous l’enseigne la Shoah et ses 6 millions d’innocents immolés, est une de ces taches indélébiles et inoubliables dans l’histoire de l’humanité.

Mais force est de reconnaître aussi, que la dimension prise par la traite et l’esclavage dont ont été victimes les peuples noirs, dépasse en nombre de morts, en traitement des victimes déportées, en durée et en horreurs, tout ce qui l’avait précédée ou suivie. La traite négrière, invention du monde arabo-musulman aura concerné près de 17 millions d’individus. Quant au commerce triangulaire – dont la France a une très grande responsabilité -, les historiens admettent qu’environ 11 millions d’Africains furent déportés dans le Nouveau Monde.

Soit pour l’ensemble de ces déportations, 28 millions de malheureux ont été arrachés à leurs terres, pour subir les traitements les plus inhumains. Et que pour un captif, 3 à 4 autres furent décimés, du fait des guerres, des incendies de villages, de greniers et des épidémies résultant de ces horreurs.

Les statistiques sur le nombre des morts (environ 80 millions), donnent le vertige. Cette entreprise gigantesque, qui aurait pu conduire à la disparition totale des peuples noirs sur le continent africain, ne saurait être comparée à aucune autre dans l’histoire. Et aujourd’hui vos compatriotes descendants de ces horreurs, ont appris à panser leurs blessures dignement et en silence. Ils avancent sans courber le dos, la tête haute malgré tout !

Votre phrase est donc une offense pour tous ces peuples, une offense pour tous ces Noirs français et qui ont voté pour vous, moi la première (et je m’en mords les doigts)….

Quant à Mme Christiane TAUBIRA, à quoi sert votre loi sur la traite négrière ? Votre silence me glace le sang ! Votre collègue ministre de l’Outre- mer G. Pau-Langevin est aussi muette que vous, encore plus muets, le sont nos présidents de régions et nos députés ultra-marins, c’est triste……..

Mr le président François HOLLANDE nous exigeons des excuses. Veuillez prendre connaissance du manifeste du « Collectif des Nègres Insoumis », pour vous rappeler certaines réalités de l’Histoire et rendez-vous aux prochaines élections !!!

JOELLE URSULL

Artiste guadeloupéenne et….. Française (uniquement sur papier sans doute) descendante d’esclaves africains et fière de l’être.

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