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Au nom de la Confédération des Moyennes et Petites entreprises, Manuel Baudoin fait des propositions pour affronter la seconde vague de la pandémie du Covid 19 en Martinique, où les décisions appartiennent au Préfet.

COVID. COMMENT AFFRONTER LA SECONDE VAGUE OUTREMER ?

 

Quelques heures après l’allocution du Président de la République annonçant le rétablissement du confinement en raison de la flambée des contaminations constatée sur le territoire national, les ressortissants de l’outre-mer français s’interrogent sur les adaptations annoncées par le chef de l’État, et qui leur seront réservées.

D’emblée, il convient de saluer l’analyse différenciée portée par le Gouvernement sur la situation des outremers, par rapport à celle de l’hexagone.

Il a donc été reconnu au plus haut niveau de l’État que des territoires pour la plupart insulaires, donc reliés à l’Hexagone seulement par voie aérienne, et marginalement par voie maritime, ne répondaient pas aux mêmes paramètres, en raison de leur exiguïté, mais aussi de leur isolement naturel.

Cela signifie que, confrontés eux aussi à la pandémie, les outremers ne relèvent pas nécessairement de la même stratégie. L’enjeu est pourtant bien toujours le même : préserver le maximum de vies humaines en désengorgeant les services de réanimation, et éviter l’effondrement économique qu’occasionne le confinement.

Outremer, comme partout ailleurs dans le monde, les niveaux d’intervention concernent trois sphères :

  - La sphère des interactions sociales, et festives. Ce sont les premières génératrices de  cluster, et ce sont les moins indispensables à l’équilibre global de la société.

  - La sphère éducative : sa fermeture engendre des dégâts importants dans la population des jeunes, notamment les plus défavorisés, et perturbe sérieusement le fonctionnement de l’économie, car elle pose des problèmes aigus de garde d’enfants aux parents composant la population active.

  - La sphère économique : son arrêt est de loin le plus couteux en termes d’équilibre global et ne peut être tenu au-delà d’un certain délai.

Au plan national, même si la sphère éducative est cette fois ci largement préservée, même s’il est adouci par le maintien d’activités en nombre plus important (BTP, fonction publique, généralisation du télétravail), le régime de confinement retenu pour l’hexagone arrêtera l’essentiel de l’activité économique et occasionnera un cout exceptionnel, après la mise à l’arrêt de 8 semaines que le pays a du assumer voici 6 mois. Or précisément, en raison des caractéristiques d‘outremer on peut envisager une stratégie insistant avant tout sur la première sphère, et laissant intactes la seconde et la troisième.

Ceci pour deux raisons :

  1- Le niveau d’urgence bien qu’en évolution rapide et préoccupante n’est pas encore arrivé au degré de l’ile de France1. Toutefois le temps presse car le Taux R SI-DEP est de 1,22, le plus élevé de l’outremer, moyenne métropole 1,34, Ile de France 1,15.

  2- L’isolement insulaire permet un « cantonnement » la population, géographiquement protégée des réinfections d’origine migratoire.

Une action moins invasive peut donc être envisagée, à condition d’être immédiate, déterminée, et vigoureuse, tout en restant ciblée essentiellement sur les activités sociales non professionnelles et sur les activités festives.

1-    Un couvre-feu strict.

Le couvre-feu n’est efficace que s’il met réellement un terme aux interactions sociales économiquement non indispensables.

Voici plusieurs mois la Guyane, confrontée à une vague d’origine exogène incontrôlable, a utilisé cette technique avec succès. Dans ce territoire, à la suite du déconfinement du 11 mai l’interdiction de sortir a été tout d’abord fixée à 23 heures, puis avancée à 21 h le 10 juin, puis 19 heures le 18 juin, et 17 heures le 25 juin. Le week end aussi a été frappé d’interdiction de sortie du samedi soir (puis après midi) au lundi matin. La consommation de spiritueux a été prohibée.

Résultats : « en deux ou trois semaines, baisse de plus de 30% du taux de reproduction du virus, de 1,7 à 1,1. Les lits de réanimation occupés ont été divisés par trois ou quatre en quelques semaines. 2».

« La vague a été plus longue mais moins haute que partout ailleurs ce qui a permis à notre système de santé de faire face plus facilement, nous évitant d’être submergés 3»

Certes, on objectera que le tableau guyanais présentait des facteurs favorisants : taux R de 1,7 alors que le taux actuel en Martinique est de 1,27 (ARS 27/10/2020). Et aussi jeunesse de la population.

Mais en tendance, on peut raisonnablement imaginer que les mêmes causes produiront les mêmes effets : en privant la population d’occasions de réunions, on limite fortement les opportunités de passage d’une personne à l’autre, donc la vitesse de circulation du virus.

Par exemple par une interdiction de déplacement de 20h à 5h en semaine, et du samedi 15h au lundi 5h.

2-    Un renforcement du contrôle des entrées dans l’ile.

Même si cela semble évident, il importe de rappeler que l’arme la plus puissante contre une épidémie provient... de la géographie insulaire.

Par définition une pandémie vient de l’extérieur : limiter et contrôler les flux entrants est donc à la fois une piste facile et efficace contre l’introduction de charges virales supplémentaires dans la population.

L’histoire épidémiologique des mois de juin à septembre est à cet égard sans ambiguïté. Comme cela était prévisible, les flux de jeunes, essentiellement affinitaires, n’ont pas pu être encadrés dans la nécessaire discipline des tests de confirmation sensés être pratiqués une semaine après l’arrivée outremer, complétant les tests PCR réalisés au départ de Paris, et qui auraient sans doute permis d’éviter la multiplication des infections à la faveur des fêtes et autres événements familiaux.

En réalité, ces recommandations ne sont pas suivies d’effet : elles ne peuvent s’appliquer que dans le cadre de règles coercitives.

Certaines iles, qui n’ont pas hésité à le faire, sont maintenant beaucoup mieux protégées :

  - La Nouvelle Calédonie a imposé une quatorzaine obligatoire : d’ailleurs le Ministre Lecornu, qui s’y trouve actuellement, a lui même dû se plier à cette obligation. Résultat, le virus est parfaitement maitrisé dans le territoire

  - Plus près de nous, Ste Lucie et la Dominique pratiquent de manière déterminée le contrôle des entrées, malgré une dépendance au tourisme bien supérieure à la nôtre. On constate là encore que l’épidémie est largement sous contrôle.

Le mois de novembre est traditionnellement celui du début des arrivées de vacanciers en Martinique et Guadeloupe.

Rappelons que même si les déplacements entre régions de l’hexagone est clairement proscrit par le confinement, on peut se demander s’il en sera de même pour les voyages hexagone/outremer, qui n’ont jamais cessé durant le premier confinement...et reprendront inévitablement au terme du second.

On peut facilement imaginer que si rien n’est fait pour durcir les conditions d’accès des flux touristiques, nous retrouverons là des sources de réensemencements incontrôlables des populations locales.

En revanche, tout comme en Nouvelle Calédonie, une obligation réelle, sinon de quatorzaine, mais au moins de septaine à l’arrivée, contrôlée soit par appels téléphoniques aléatoires sur une ligne fixe, soit avec hébergement en site dédié, et assortie de sanctions, aurait pour effet de limiter les entrées contaminées.

Comme cela a déjà été dit, un tel dispositif, maintenu durant une longue période, 6 mois au moins, se traduirait certainement par un tarissement des candidatures au départ vers l’outremer. Cette conséquence inévitable ne doit pas avoir pour effet d’écarter cette mesure, mais plutôt de flécher de façon très abondante les aides publiques pour éviter une destruction dramatique de l’appareil économique lié au tourisme.

Ces deux mesures n’excluent nullement les autres armes à disposition : gestes barrière, application de traçage TousantiCovid, testing, isolement des cas covid +, renforcement des protocoles EHPAD, etc...

Manuel Baudouin 28/10/2020

 

1-Paris : incidence 267 pour 100.000. Taux de positivite des tests 18,6%.

Martinique : incidence 148 pour 100.000 Taux de positivité 15,22%. R de 1,27 en augmentation rapide. Occupation des lits de réanimation 50%

2- Dr Mathieu Nacher Professeur en épidémiologie au CH de Cayenne.

3- Pr Djossou

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