Parce que nous avons besoin d'une presse libre

Actualité

Le dossier du CEREGMIA ne finit plus d’occuper l’actualité.  Le procès en diffamation du 5 janvier, intenté à Médiapart par les dirigeants du Ceregmia, Fred Célimène le directeur et Kinvi Logossah le directeur adjoint, le remettait aux devants de la scène. Cette semaine c’est un rapport qui révèle des diplômes déjà qualifiés de « diplômes marrons » qui fait surface, ceci après la récente nomination de Fred Célimène à l’IMSEPP, au nom de l’Université des Antilles, par le Conseil Régional.

Les mois se suivent, les rapports se succèdent pour révéler de graves dysfonctionnements dans la gestion du laboratoire de recherche de l'Université Antilles-Guyane. Les mails insultants de son directeur, Fred Célimène, adressés à plusieurs membres de la communauté universitaire depuis la publication du rapport de la cour des comptes, sont connus de tous. Une plainte a été déposée le 16 janvier 2014, par la présidente de l'Université, Corinne Mencé-Caster. 

La presse a rendu compte de ce dossier pour lequel un juge d'instruction a été saisi pour détournements de fonds européens en bande organisée. Le site de presse Médiapart qui a largement évoqué l'affaire, a eu droit à un procès en diffamation intenté par les directeurs du Céregmia Fred Célimène et Kinvi Logossah. Le jugement du Tribunal correctionnel de Fort-de-France, qui doit se prononcer sur les éléments de nullité soulevés par Maître Tordjman, l'avocat de Médiapart, sera connu le 4 février et on peut s'attendre à l'annulation de la procédure.        

                       

Surprenante nomination de Fred Célimène au Conseil d’Administration de l’IMPSEPP

Dans et hors l’Université, on s’interroge sur la décision la Région Martinique de nommer Fred Célimène, en qualité de représentant de l'Université des Antilles au conseil d'administration de l'IMSEPP (Institut Martiniquais de Statistique et d’Evaluation des Politiques Publiques), présidée par le conseiller régional Daniel Robin.

                                                        

Les responsables du Conseil Régional n'ignorent pas que le directeur du CEREGMIA a été suspendu de ses fonctions de l’Université Antilles-Guyane depuis le 26 mai 2014, « à titre conservatoire et sans privation de traitement » et qu’il devra se présenter devant le Conseil de discipline, dépaysé à Toulouse,  en février prochain.

  

La décision de suspension a été prise par la présidence de l’Université, à la suite des rapports accablants de la Cour des Comptes et de l’IGAENER (l'Inspection Générale de l'Administration de l'Éducation Nationale et de la Recherche). Rapport qui préconisait des mesures conservatoires et l’engagement d’une procédure disciplinaires à l’encontre du directeur du laboratoire de recherche de l’université, au motif que :

« Les faits révélés à l’encontre de M.Célimène constitueraient, s’ils étaient avérés, des fautes professionnelles et sont, en l’état où ils sont formulés, de nature à mettre en doute sa probité, et, par suite, l’autorité morale et l’exemplarité attendues d’un enseignant-chercheur. »

L’arrêt de suspension est ainsi motivé :

« la gravité des faits, des nombreux manquements et des irrégularités reprochés à Monsieur Fred Célimène, dans l'exercice de ses fonctions et leurs effets sur la gestion de laboratoire en cause, ainsi que sur le fonctionnement global de l'établissement. »

Fred Célimène et son directeur adjoint Kinvi Logossah sont interdits d’accès à l’université.

Contesté par les intéressés, la décision de suspension de la présidence a été confirmée par ordonnance du conseil d’Etat en date du 26 août 2014.

A la lumière des faits révélés par les rapports successifs, des élus de l’opposition, et pas seulement, ont été étonnés de découvrir la nomination de Fred Célimène, en lisant un document de l’IMSEPP, distribué à la dernière séance plénière de la Région. 

Nous avons interrogé la présidente de l’Université, elle répond qu'elle n'a été ni consultée, ni informée pour cette nomination. Pourtant les Universités en France sont autonomes et on peut s’étonner que la présidente, Corinne Mencé Caster n’ait pas eu son mot à dire sur cette nomination.

Mais on constate depuis la scission de l’université Antilles-Guyane, qui a donné naissance à l’Université des Antilles, une volonté des présidents de Région de Guadeloupe et de Martinique, de décider pour l’Université des Antilles en ignorant la présidente, trop insoumise. 

Recherche diplômes marrons désespérément

La maladie Alzheimer sévit autant aux Antilles que sur le territoire national français et la nécessité de former des soignants s’imposait. Dans le cadre du dispositif MAIA (Maison pour l’Autonomie et l’Intégration des malades Alzheimer), le CEREGMIA décide de mettre en place une formation au DIU (Diplôme Inter Universitaire) de gestionnaire de cas, qui existe déjà à la faculté de médecine de Paris Descartes,  mais aussi à Nantes, Rennes Bordeaux, Lille, Marseille...

Mais à l’UAG ça ne se passe pas toujours comme ailleurs quand le CEREGMIA décide : contrairement aux universités de France, c’est la Fac de Droit qui est choisie pour une formation surtout médicale. 

Un diplôme dont les enseignements portent sur une maladie (Alzheimer), l’accompagnement des malades et de leur famille sur le plan médical et plus marginalement sur le plan des droits, est porté par une faculté de Droit et renseignement pris, cela se fait sans une coopération avec la faculté de médecine de l’UAG. Pourtant plus de 80% des intervenants sont des médecins.

Le 11 avril 2013, le conseil de la Faculté de Droit et d’Economie a donné un avis favorable pour accueillir cette formation plus médicale que juridique. Un mois plus tard, le 30 mai 2013, elle demande l’inscription à l’ordre du jour du CEVU  d’un point sur « la mise en œuvre d’un diplôme universitaire (DU) de gestionnaire de cas à la faculté de droit et d’économie de la Martinique ».

Le 30 mai 2013, devant le CEVU (Conseil des Etudes de la Vie Universitaire de l’UAG), instance compétente en matière de diplômes et de formations, le Doyen de la Fac de Droit et d’Economie, Eric Carpin, présente le dossier du DIU de gestionnaire de cas. Un diplôme destiné à former des professionnels des champs sanitaires et sociaux à assurer l’évaluation, la planification, la coordination et la continuité des services, en vue d’une intégration des soins et des services auprès des personnes en perte d’autonomie, à cause de la maladie Alzheimer.

Il annonce que le diplôme est organisé sous la responsabilité scientifique de la Faculté de médecin de Paris Descartes, coordonnatrice nationale du projet conjointement avec l’UAG. La formation se déroulera sur une année, avec une prévision de flux de 20 étudiants.

Un membre du conseil interroge : la formation était prévue en mars 2013, qu’en est-il ?  Le doyen de la Fac de droit précise que le diplôme n’est pas encore ouvert, il est en attente de la décision du conseil.

Un autre membre du CEVU note que les 4 modules prévus ont un lointain rapport avec le Droit, ils concernent la médecine. Il dit même qu’il ne comprend pas le rattachement de ce diplôme à la Faculté de Droit et d’économie et souligne que plus de 80% des intervenants sont des médecins.

Manifestement l’étonnement domine dans ce conseil, puisque qu’un autre participant précise que sur les 120 heures de cours, à peu près 35 heures sont consacrées aux enseignements du Droit. Le Conseil recommande à la Faculté de Droit de se rapprocher de la Faculté de médecine.

Une formation qui commence sans l’avis des instances dirigeantes de l’Université

Mais ce que les membres du conseil ignorent, c’est qu’au moment où le doyen de la Fac de Droit et d’Economie affirme que la formation n’est pas lancée, les cours ont déjà débuté depuis le  18 mars 2013. Curieusement, cette instance qui enseigne le Droit ne respecte pas les procédures.

Un avis défavorable est donné par le CEVU, décision confirmée par le Conseil d’Administration de l’UAG en juin 2013. Les étudiants qui suivent les cours depuis ce 18 mars, ne se doutent pas qu’ils sont inscrits à une formation clandestine et qu’ils paieront les conséquences.

Comment l’imaginer quand on étudie dans une faculté de Droit ? Ni le doyen de la Faculté de Droit, Eric Carpin, ni le directeur du CEREGMIA, Fred Célimène, n’ont informé l’administration du début de cette formation. Pourtant si un des étudiants avait eu un accident dans les locaux de l’UAG, la responsabilité pénale de la présidente aurait été engagée.

Et les irrégularités ne s’arrêtent pas là :  aucune convention de mise en œuvre du diplôme interuniversitaire, entre Paris-Descartes et l’Université des Antilles-Guyane, n’a été soumise à la signature de la présidente de l’Université, Corinne Mencé Caster.

Le Conseil Général doit payer une facture sans avoir signé de convention

Le Conseil Général de Martinique a désigné douze agents de la collectivité pour suivre cette formation pour un coût de 1600 € par personnes. Soit 19.200 € qui doivent être cofinancés au titre du FSE. Un projet de convention entre la collectivité et l’UAG a bien été rédigé, mais il n’a jamais été signé, puisque cette formation n’est pas censée exister.

Les 12 candidats du Conseil Général ont suivi la formation au DIU (Diplôme Inter Universitaire) de gestionnaire de cas, pour l’obtention d’une attestation de suivi. Les autres candidats pour qui le coût de la formation s’élevait à 2 000 euros, l’ont suivie avec pour objectif, la délivrance du diplôme. Les cours se sont terminés le 17 mai 2013. A l’issue de leur examen final, le 4 novembre 2013, tous les candidats ont été admis. Mais ni les attestations, ni les diplômes n’ont été délivrés.

La MAIA (Maison pour l’Autonomie et l’Intégration des malades Alzheimer) coordonnateur pour le Conseil Général, faute d’obtenir des réponses du CEREGMIA, a adressé un courrier à Eric Carpin, doyen de la Faculté de Droit le 3 juillet 2014, pour réclamer ces documents indispensables pour l’emploi de ces diplômés sans diplômes.

« Les MAIA sont financées par l’ARS et une des conditions de ce financement est d’avoir des gestionnaires de cas diplômés sur le terrain. A ce jour, nous sommes dans l’impossibilité de justifier la réussite de nos gestionnaires de cas. Nous avons sollicité à ce propos maintes fois M. Célimène, professeur des Universités, qui n’a pas donné suite à nos demandes. »

Les dirigeants qui ont organisé cette formation clandestine ont joué avec l’avenir des candidats, dans ce pays où le chômage frappe déjà si durement.

 

 

Quelle était l’urgence d’ouvrir une formation essentiellement médicale dans une Faculté de Droit ?

Quelle est l’urgence qui a poussé le CEREGMIA à ouvrir cette formation sans respecter les procédures ? Le vote favorable du Conseil d’Administration est l’acte administratif essentiel pour l’ouverture du diplôme et sans lui, cette formation n’aurait jamais dû être ouverte.

Pourquoi le CEREGMIA a t-il cherché à organiser une formation, ce dont le doyen de la Faculté de Droit est informé,  dans le domaine de la santé, en en particulier de la gériatrie ?

La réponse peut se trouver dans le constat du vieillissement de la population en Martinique et en Guadeloupe. Selon l’Insee, à l’horizon 2040, « si les tendances démographiques récentes se maintiennent, le vieillissement de la population s’accélérerait au point que les séniors représenteraient quatre habitants sur dix. L’insee indique pour la Martinique qu’a l’horizon 2040, « 40% des Martiniquais auront plus de 60 ans, alors que ce ne sera le cas que de 31% des Français ».

Le président du Conseil Régional de Martinique, Serge Letchimy,  organisait récemment une conférence de presse pour évoquer ce sujet et ses conséquences économiques. Il expliquait alors qu’un marché du vieillissement s’est instauré. « Ce marché captif drague tous les investissements : défiscalisation, fonds européens et fonds publics  ... Autre constat, l’ouverture d’un marché du travail autour des  personnes âgées,  de leur accompagnement, de leur santé, du handicap. »

Mais il était surtout question pour la Région d’offrir une prime au retour pour les  jeunes Martiniquais qui veulent revenir au pays qui se dépeuple. Les candidats qui ont suivi une formation au DIU de gestion de cas, privés de leur attestation ou diplôme, seront-ils obligés d’aller chercher du travail ailleurs ?

Décidément, on n’a pas fini de parler du CEREGMIA.

Lisa David

 

 

 

 

 

Site de presse en ligne
ISSN 2726-0100

Aidez Freepawol

pour une presse libre

Articles liés

La récente lettre de soutien de Geneviève Fioraso, Secrétaire d'Etat à l'Enseignement supérieur et à la Recherche, est bienvenue pour Corinne Mencé-Caster.

La Présidente de l’Université Antilles-Guyane, Corinne Mencé-Caster vient d’adresser un courrier (daté du 26 mai) à Fred Célimène, directeur du CEREGMIA, lui annonçant qu’il est "suspen

L’article de Médiapart, concernant les détournements de fonds européens, de millions d’euros,  constatés par la Cour des Comptes dans la gestion du CEREGMIA,  a fait le buzz sur les réseaux sociaux

On peut s'attendre à lire moins d'articles arrogants dans les jours qui suivent.

Un juge d'instruction a été saisi ce matin, mercredi 9 avril, pour diriger l'affaire du CEREGMIA, le laboratoire de recherches de l'Université Antilles Guyane.

La commission permanente du Conseil Régional de Guadeloupe s'est réuni ce mardi 24 juin, pour se prononcer sur le projet d'ordonnance de la ministre de l'Education, por

Au moment où l’épidémie de chikungunya frappe toute la Caraïbe, beaucoup de justiciables martiniquais s’interrogent sur l’état de santé de la justice sous nos cocotiers.  Les symptômes du chik, mal

Dans la même rubrique...

La deuxième assemblée de la Commission Exécutive de la MDPH (Maison Départementale des

Une course de yoles un dimanche attire toujours de nombreux spectateurs et personne n’ignore le succès que rencontre cette activité en Martinique.

Le Carnaval est ouvert en Martinique, il durera jusqu'à mercredi. Mais un autre carnaval politique, bililik, est déjà ouvert et pour de longs mois.

Pages

1 2 3 4 5 »

Articles récents

Au sein du PPM et parmi les sympathisants, le délire autoritaire de Ser

Les organisations syndycales CDMT CGTM CSTM FO FSU UGTM UNSA USAM, réagissent aux violences policières qui se sont produites devant le

Après les violences policières exercées sur un jeune manifestant, Kéziah Nuissier,  frappé violement par plusieurs gendarmes,

Maître Raphaël Constant, ne cache pas qu'il est un avocat militant. Il le précise. Dans les salles d'audience ou en dehors, il est connu pour sa liberté de parole.

Pages

1 2 3 4 5 »