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Déjà plus de 40 jours que les salariés du "Carrefour Market" du François sont en grève pour faire respecter leurs droits et obtenir une augmentation de salaire, pour améliorer leur pouvoir d'achat au pays de la pwofitasion. 40 jours que le patron propriétaire, François Huygues Despointes, dirigeant propriétaire de 91 entreprises, refuse de venir à la table des négociations, parce qu'il n'accepte pas que le Secrétaire Général de la CSTM, Bertrand CAMBUSY, participe à la négociation. 
La solidarité patronale béké étant plus solide que celle des syndicats, pas moins de 11 entreprises se sont mises ensembles contre la CSTM dans une procédure de référé d'heure en heure, au motif de blocages déjà débloqués.  La décision du tribunal est tombée jeudi à 14 heures. Elles ont été déboutées de leur demande par le tribunal.

Le hall du Palais de justice est presque désert, comme souvent depuis la mise en place des mesures sanitaires liées au Covid. Le nombre de personnes pouvant y accéder est donc limité. Une occasion, un prétexte pour le pouvoir d’ajouter un nouveau frein à nos libertés. Les manifestations de militants venus soutenir ces derniers mois leurs camarades poursuivis pèsent aussi sur les décisions de ce pouvoir autoritaire instauré par Macron.

Ainsi il est étonnant de devoir presque passer de travers pour pénétrer dans ce Palais de justice, le portail étant à peine ouvert. On se croirait à l'entrée d'un fort militaire sous haute sécurité. Il est aussi inquiétant d’entendre les policiers qui contrôlent les sacs vous demander l’objet de votre visite dans un Tribunal où « la justice est rendue au nom du peuple français » depuis la Révolution de 1789 ! Au nom de ce principe, tout citoyen a la possibilité d’assister à une audience pour voir comment la justice est rendue.

Ce mercredi 30 mars 2022, ce sont les teeshirt rouges CSTM des salariés du Carrefour Market du François en grève depuis le 14 février dernier, qui attirent l’attention dans le hall où passent quelques avocats.  En grève depuis 40 jours qu’elles et ils attendent que leur employeur, François Huygues-Despointes, accepte de s’asseoir à la table des négociations, la table du dialogue social. Mais ce patron, refuse de négocier en présence du Secrétaire Générale de la CSTM, Bertrand Cambusy. 

On assiste à un retour en arrière digne des années 70 quand les patrons békés associaient systématiquement à ces quatre lettres C.S.T.M, le mot indépendantiste, donc au diable ! Le patronat béké n’a jamais accepté la naissance en 1975 de cette organisation syndicale, qui des ses premières années, a mené un long combat aux cotés des ouvriers agricoles, pour l’obtention d’une convention collective dans ce secteur où est née la richesse béké. La CSTM a secoué la toute-puissance des exploitants agricoles qui trop longtemps, ont vu en ces travailleurs leurs nouveaux esclaves, qu’ils ont empoisonné au chlordécone, sans état d’âme.  La convention collective a enfin été obtenue en 1986. Douze ans après la grande et mortelle grève de 1974 pendant laquelle deux ouvriers agricoles, Rénor Ilmany et Georges Marie-Louise ont été tués par des gendarmes.

Le patron des salariés du Carrefour Market du François, s’en fout de ces salariés dont on a tant vanté la nécessité pendant que mourraient des milliers de personnes touchée par le Covid. Ils ne réclament que leurs droits, l’amélioration de leur vie ; parmi les revendications, le versement de la prime Covid, des tickets restaurants, une augmentation de salaire au pays de la pwofitasion. 

La nouvelle mode patronale des puissants patrons est au mépris et à l’exhibition de leur pouvoir, de leur fric qui permet de payer des avocats pour poursuivre les syndicats. Responsable de la durée de la grève, Francois Huygues Despointes peut attendre, faire trainer et licencier quand bon lui semble. Sa fortune de patron de 91 entreprises le lui permet.

Depuis le 14 février sa première action a été d’assigner le syndicat en référé pour obtenir le déblocage des entrées de l'entreprise, sous peine d'une astreinte de 500 euros par jour. Le Carrefour Market peut rester fermé faute de travailleurs, mais le patron a gagné devant le Tribunal. 

Ce 30 novembre les salariés sont encore là pour accompagner le secrétaire Général de leur syndicat, assigné une nouvelle fois par un référé d’heure à heure introduit par une série d’entreprises, suite à un rassemblement dans la zone de Place d’Armes au Lamentin où se situe une autre possession du GROUPE SAFO, présidé par François HUYGUES-DESPOINTES.

Ce rassemblement d'entreprises solidaires pourrait avoir pour titre cette expression bien martiniquaise : Kann bétché an tè bétché"

-  Société AUTODIS de Bertrand Aubéry.

– SAS BRIOCHE BIG’IN de Bertrand Aubéry.

– SAS CENTRE AUTO de Bertrand Aubéry.

– Société CENTREAUTODIS Société Commerciale d'Informatique et de Participation (SOCIPAR) de Bertrand Aubery.

– SAS SMPA Présidé par la Société Commerciale d'Informatique et de Participation de Bertrand Aubéry.

– SA SAFO de François Huygues Despointes.

– SAS MARTINIQUE VIANDES : dirigeant SAFO (Société Antillaise Frigorifique) de François Huygues Despointes . Bénéficiaire effectif : Francois Huygues Despointes.

– S.A. SCAGEX propriété de SAFO François Huygues Despointes, bénéficiaire effectif.

– SARL SOFRIGEST qui a pour Gérant François Huygues Despointes (entreprise située "chez BERTE SA") 

– SARL TMDM dont le gérant est Pierre Gallet de Saint Aurin

– SARL TRANSVAM dont le gérant est Pierre Gallet de Saint Aurin.

A l'audience, ces entreprises avaient pour défenseurs Maître Hugo SOLARD, collaborateur de Maître Pascale BERTÉ et maître Clémence COTTREL qui a substitué Maître Pascale BERTÉ.
Maître Sandrine Saint-Aimé a assuré la défense de la CSTM.

Les avocats des bloqués non bloqués ont demandé d'entrée qu'un nouveau plaignant soit ajouté en plus des 11 autres, la Société SOFRIMA DISTRIBUTION. Demande de dernière minute immédiatement contestée par Mtre Saint-Aimé. 

Mtre Cottrel insiste en essayant d'expliquer qu'il s'agit du même dossier, ce à quoi la juge répond « c’est vous qui considérez que c'est le même dossier. Souhaitez-vous un renvoi pour prendre connaissance de ce dossier" ?

Mtre Solard demande 2 heures de suspension pour examiner le dossier de ce nouveau plaignant mais la juge lui rappelle qu'il plaide dans une autre affaire à 11h (NDLR affaire Brasserie Lorraine contre la CGTM) et n'accorde qu'une heure de suspension de l'audience.

A la reprise de l'audience Maitre Saint-Aimé soulève la nullité de l'assignation, en avançant des arguments de droit et ne manque d'ajouter "on assigne en référé d'heure en heure, on ne veut pas négocier, on assigne ! " 
L'avocate de la défense conteste la légitimité de toutes ces entreprises qui se sont associées à cette assignation. "Elles viennent donner l'image de tous, contre la CSTM. Ces sociétés ne sont pas propriétaires de la route D3 et des Ronds-Points y attenant.
Dans leur assignation les plaignants ont aussi évoqué le blocage de la "route D3 et les Ronds-points menant à ces commerces à Place d'Armes.

Mtre Cottrell évoque le trouble créé pour toutes ces entreprises, accuse Bertrand Cambussy de vouloir bloquer toutes les entreprises du Groupe SAFO, elle évoque l'entrave à la circulation, rappelant "nous avons déjà connu 15 jours de grève, pour elle "cela justifie la recevabilité de notre demande.

Mtre Saint Aimé réagit avec un peu d'ironie "On veut imputer à Monsieur Cambussy toutes les grèves !" ajoutant que l'affaire suivante (révèle le comportement de ce groupe vis à vis des salariés." 

L'avocate ne semble pas ignorer que toutes ces entreprises sont une affaire de famille. En effet, la "SAS Brasserie Lorraine" est présidée par "Antilles Glaces" qui est présidée par Laurent Huygues Despointes. Les deux sociétés ont la même Directrice Générale, Valérie LADIEU, qui dirige 23 entreprises.

D'ailleurs qui ignore que la caste béké détient, tient entre ses mains des milliers d'entreprises qui s'étendent en Martinique mais aussi de la Kanaky en passant par la Réunion, la Guadeloupe, la Guyane et la France métropolitaine comme en dit en colonie.

L'avocate de la CSTM ne s'en laisse pas conter. Elle poursuit son argumentation tranquillement face à la juge :  " Ce matin on nous produit une clé USB, des liens de constat des faits. Ces demandes ne sont pas recevables. Il nous est produit un procès-verbal de constat concernant d'autres lieux. Ces pièces sont à rejeter. Les jurisprudences évoquées ne sont pas applicables devant vous. On ne peut pas étendre à toutes les entreprises du groupe SAFO ce que Monsieur Cambusy aurait dit sur les médias, sur les réseaux sociaux. Il n'est pas possible d'entrer en voie de condamnation." La clé USB remise par les avocats des entreprises plaignantes aux parties en début d'audience, contient des copies de déclarations de Bertrand Cambussy faites sur des médias.)

Mtre Cottrel qui intervient pour ses nombreux clients rétorque que "le Groupe SAFO et Brasserie Lorraine n'ont rien à voir". Elle s'étonne que la défense n'ait pas demandé un renvoi pour examiner les pièces remises le matin. Elle interroge : "est-ce que Monsieur Cambusy peut s'imposer dans la négociation ?"

La juge répond : "Ce n'est pas l'objet de notre référé."

Mtre Cottrell poursuit Big'in n'a pas pu trvailler, Promocah, Sofrima distribution. Dit que le Groupe Safo a gardé les 27 salariés à la reprise de ce commerce.

Mtre Saint-Aimé qui ne laisse décidément rien passer réagit : 

"On vient vous demander de constater des propos tenus par M. Cambusy dans la presse. Vous n'êtes pas huissier, vous êtes magistrat." Toutes ces entreprises doivent avoir des pièces justifiant leur demande. 

C'est la CTM (Collectivité Territoriale de Martinique) qui aurait dû poursuivre pour la route D3. On vient vous demander un déblocage de la D3 et de Ronds-Points qui ont été débloqués sur intervention de la police, le jour même.

Le juge judiciaire n'a pas à se prononcer sur un blocage sur la voie publique.

Les articles du Code de procédure civile disent que le juge et compétent pour faire cesser un blocage manifestement illicite, vous n'avez même plus à statuer."

L'avocate évoque le procès-verbal de constat d''huissier qui s'est rendu sur les lieux à 15 heures 30 le 23 mars et dit que la circulation est libre, que les Ronds-Points et la route  D3 ne sont pas barrées.  

"Vous devez faire cesser un trouble manifeste" Vous devez donc les débouter de toutes leurs demandes. Je demande un article 700 pour avoir été cité ici. Parce qu'on refuse de négocier. Et j'espère que les parties pourront se retrouver avec leur syndicat, parce qu'il est question de dialogue social.

Je souhaite qu'on revienne à la raison. Plus de 40 jours de grève, on s'est dit on va les affamer, ils vont revenir tranquillement. Je vous demande de les débouter de toutes leurs demandes."

Maître Cottrel reprend la parole pour ce qui apparaît l'essentiel de cette audience voulue par ses clients : 

"Monsieur Cambusy ne fait pas partie de la Société. Les déclarations de M. Cambussy sont sur notre clé, il dit vouloir bloquer. Vous pouvez soutenir qu'il n'y a pas d'entrave, néanmoins les intentions de M.Cambusy sont affichées. Au motif que chaque jour je vais bloquer un site, et vous n'auriez pas madame la Présidente la compétence à juger. Le blocage chaque jour d'un site est illicite.

Maître Saint Aimé s'adresse à la juge présidente : "Je pense que vous ne pouvez pas statuer sur des intentions !"

Conclusion : Les 11 entreprises ont été déboutées de leur demande à l'égard de la CSTM. 
La demande de dernière minute d'inscrire l'entreprise SOFRIMA (Société Frigorifique Martiniquaise SA) de Francois Huygues Despointes, comme 12ème plaignant n'a pas été retenue.

Les salariés attendent que François Huygues Despointes.  Ils ne lui demandent pas d'inviter un nègre à sa table, on sait que ça ne se fait pas, sauf exceptionnellement dans la caste béké. On lui demande de venir enfin s'asseoir à la table des négociations avec le Secrétaire Général du syndicat CSTM, Bertrand Cambussy, qui accompagne des salariésen grève, syndiqués à la CSTM. 

On lui demande de sortir du passé, comme le rappelle Daniel Marie-Sainte : 

" Car l’Histoire des luttes ouvrières organisées nous apprend que, depuis la fin du 19ème siècle et durant tout le 20ème siècle, les dirigeants syndicaux ont toujours participé aux négociations aux côtés des travailleurs en lutte, que ce soit dans la canne, dans la banane, dans le BTP, sur le port, dans l’hôtellerie, dans les services, dans le commerce, etc…

    Ces dirigeants syndicaux s’appelaient Victor LAMON, Whalter GUITTEAUD, Frantz AGASTA, Philibert DUFÉAL, Michel GEORGES, Luc BERNABÉ, Denis LANGE, Marc PULVAR, Daniel MARIE-SAINTE, etc…

  Ils étaient de tendances syndicales différentes mais ils participaient négociations syndicales afin d’obtenir les protocoles d’accords qui permettaient de trouver des issues aux conflits sociaux, tout en obtenant des avancées sociales pour les travailleurs !"


Les salariés en grève depuis plus de 40 jours attendent. Leur fin de mois est très difficile pour elles, pour eux, pour leurs familles, pas pour celles des Huygues Despointes, descendants d’une famille esclavagiste de la Martinique, installée dès le 17e siècle. Parmi les bénéficiaires de leurs entreprises ils sont majoritaires ! Francois Huygues Despointes est dirigeant de 91 entreprises.

Lisa David

 

À PROPOPS DU CONFLIT SOCIAL À CARREFOUR MARKET :

 

   En toute conscience de classe, je condamne fermement l’attitude à la fois rétrograde et réactionnaire, voire illégale, du patron béké qui refuse la présence d’un Secrétaire Général de l’organisation syndicale que les travailleurs ont librement choisi pour la défense des leurs intérêts matériels et moraux !

     Je porte publiquement mon soutien aux travailleurs en grève pour la défense de leur dignité et de leur pouvoir d’achat ! 

L’ATTITUDE DU PATRON BÉKÉ EST RÉTROGRADE :

     Car l’Histoire des luttes ouvrières organisées nous apprend que, depuis la fin du 19ème siècle et durant tout le 20ème siècle, les dirigeants syndicaux ont toujours participé aux négociations aux côtés des travailleurs en lutte, que ce soit dans la canne, dans la banane, dans le BTP, sur le port, dans l’hôtellerie, dans les services, dans le commerce, etc…

    Ces dirigeants syndicaux s’appelaient Victor LAMON, Whalter GUITTEAUD, Frantz AGASTA, Philibert DUFÉAL, Michel GEORGES, Luc BERNABÉ, Denis LANGE, Marc PULVAR, Daniel MARIE-SAINTE, etc…

  Ils étaient de tendances syndicales différentes mais ils participaient négociations syndicales afin d’obtenir les protocoles d’accords qui permettaient de trouver des issues aux conflits sociaux, tout en obtenant des avancées sociales pour les travailleurs !

L’ATTITUDE DU PATRON BÉKÉ EST RÉACTIONNAIRE, VOIRE ILLÉGALE :

Car, à la fin des années 1990, un de ses collègues, patron béké lui aussi, avait saisi les tribunaux pour empêcher la participation de Marc PULVAR, alors Secrétaire Général de la CSTM, aux négociations lors d’un conflit social dans son entreprise.

  L’affaire est allée jusqu’à la Cour de Cassation, le patron a été condamné !

La Cour de Cassation avait admis le caractère légale de la participation aux négociations d’un dirigeant syndical extérieur à l’entreprise, car l’usage était établi en Martinique !

UNE SEULE ISSUE : LA NÉGOCIATION !

     En conclusion, pour sortir d’un conflit qui dure depuis un mois et demi, le patron béké de Carrefour Market n’a qu’une issue : celle d’ouvrir les négociations avec la délégation syndicale telle que composée et mandatée par les travailleurs en grève !

Le 30 Mars 2022

Daniel MARIE-SAINTE 

Secrétaire Général de la CSTM (de 1980 à 2004)

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 





 

 

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