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Le Carnaval est ouvert en Martinique, il durera jusqu'à mercredi. Mais un autre carnaval politique, bililik, est déjà ouvert et pour de longs mois. Jusqu'aux élections pour la Collectivité Unique au mois de décembre, il y aura encore d'autres vidés, d'autres masques, d'autres Vaval. En ces lendemains de "Je suis Charlie", réveil espéré et déçu de liberté d'expression, la parole est de plus en plus contrôlée, et la presse devra choisir entre allégeance et liberté. Freepawol a choisi d'entrer dans le vidé, libre, comme les bradjaks d'antan. 

« Madame Chantal Maignan vous n’avez pas de conviction ! » On se souvient de la récente attaque de Fred Michel Tirault, Secrétaire départemental de l’UMP, lancée contre son ancienne camarade de Parti. Comme un refrain attendu en cette période de carnaval où la parole se libère, décale et rassemble dans un même vidé, qui se termine avec l’immolation du Vaval.

Sauf que le carnaval politique va durer plus de 9 mois, une longue gestation pour donner naissance à un petit monstre. On sait déjà que le prénom du phénomène ne sera pas « Démocratie ».

La collectivité unique avec sa pléthore d’élus (51 conseillers) prévue pour contenter tous les appétits, va favoriser un règne de petit potentat local. Le mode de scrutin, qui offre une prime majoritaire de 11 sièges au vainqueur, donnera au président qui sera élu, tous les pouvoirs et ne présage rien de bon pour le pays. 

Pourtant on n’entend pas beaucoup de candidats à l’entrée dans ce nouveau machin, regretter cette entorse à la démocratie qu’il porte en lui.

Lors d’un colloque organisé en juin 2014, par le Conseil économique, social, environnemental régional (CESER), le président des Forces Martiniquaise de Progrès, Miguel Laventure s'inquiétait : « Nous pouvons craindre que l'authenticité démocratique soit mise à mal avec cette architecture retenue pour elle.» Le professeur de droit public, Emmanuel Jos, rassurait les plus inquiets en affirmant que « Le système est pensé pour respecter le principe de représentation de l'ensemble du territoire. Les 4 sections se justifient donc. Il fallait mettre un contrepoids au conseil exécutif. C'est la raison de la motion de défiance. L'assemblée Martinique a le pouvoir de démettre le conseil exécutif, dès lors qu'une majorité politique n'est plus en accord avec le conseil exécutif. » (France Antilles 14 juin 2014)

Mais ce qui est vrai dans le droit ne l’est pas dans la réalité que tout électeur normalement informé, constate. Quels contrepoids dans les faits ? L’approche de la campagne pour ces élections nous en donne une belle démonstration.

On voit tous les maires courir vers le PPM (qui prend le nom de « Ensemble pour une Martinique Nouvelle aux élections), le parti au pouvoir à la Région et au Conseil Général. Personne n’est dupe, ce ne sont pas les deux seuls élus de « Bâtir le Pays Martinique » qui décident, même en occupant la présidence et la vice-présidence.

Les maires font allégeance à celui qui a le pouvoir de décider des communes bénéficiaires des subventions. Et plus on aura distribué, plus la chance d’être réélu augmente. Seuls quelques rares esprits libres, portés par des convictions et en voie de disparition, résistent à l’appel des offrandes. 

Le carnaval est ouvert, on ne réfléchit pas, on va courrir le vidé... Bofè-a, bofè-a...

Dans ce carnaval qui s’ouvre pour la conquête de la nouvelle collectivité, il n’y a pas de mardi gras en rouge, pas de mercredi des cendres en noir et blanc. C’est dimanche gras tous les jours, peu importe la couleur, masqué, démasqué, c’est vidé. La Droite se retrouve à Gauche, la Gauche se mélange à Droite, les sans couleurs ne savent plus où se mettre. L’extrême gauche cherche sa gauche et l’extrême droite attend le moment du dimanche en blanc.

Mais attention tout n'est pas permis. Il ne faut surtout vexer personne en concevant le personnage Vaval, qui ne doit faire penser à personne.  Les chansons sont sous contrôle des rois Vaval, qui prétendent dicter les paroles. 

C’est ainsi que Karine Mousseau, qui se laissant tromper par la vague du « Je suis Charlie » qui a fait rêver de liberté d’expression et emportée par l’ambiance de carnaval où la liberté permet toutes les outrances, a écrit un papier savoureux, d’une ironie mordante, sur ce petit monde politique.

Conséquence, elle a immédiatement été virée de son poste de porte-parole de l’UMP. Dommage se dit-on pour la liberté d’expression, mais on peut en même temps constater que la jeune femme à la plume décorée de poils à gratter, n’a pas le profil de la maison. A l’UMP sous les cocotiers, l’humour n’est pas le genre de la maison. Mais en cherchant bien, quel parti politique en Martinique nous a habitué à un peu d'humour ?

Le Carnaval est ouvert j’ai dit !

Dans ce carnaval où on se bouscule pour se rapprocher des chars où trônent les rois Vaval, Karine Mousseau, peut-être par manque d’expérience, a traversé le vidé avec un bradjak indiscipliné au son incontrôlé.  

Le vidé est commencé. Le groupe des Décolorés est en tête avec son Vaval officiel. On s’énerve : Soti la, kolé, kolé, pa kitéy pasé, pa kité bradjak passé. Kolé, kolé la, kola, sé sèl kola nou ni !

Dans ce grand chawa où tout le monde a faim, a soif, au son des timbales de Kassav tout le monde tend sa timbale, la boisson est offerte. Au suivant, kilès ki té la avan, entrez, entrez. Faut pas faire de siyak avec ton bradjak là, Karine !

Et glou et glou, il a bu son verre sans vergo ogne... Qui a dit qu’on ne boit pas dans le même verre que la Guadeloupe, qu’on fait la guerre à l’Université des Antilles ? Gwada Kola sé ta nou, sé pa ta yo !

Tous au Gran Chawa, ya la boisson que Vaval a dit de boire, Gwada Kola sé sél boisson nou ni !

Et notre  Rhum AOC ? 

Bofè-a, bofè-a...

On n’veut pas de la violence on veut kola, on n'veut pas de la violence on veut Ko...

Faut pas traverser le vidé comme ça Karine, ici le siyak est contrôlé. Et puis, même les bradjaks, ce sont les hommes qui doivent les conduire. 

Attention, ouvè, ouvè,  un cortège de bradjak de Sans-Couleur arrive à droite ! Les conducteurs sont déguisés en cosmonaute. Le groupe de bradjaks, tous immatriculés G.20-G.Faim-972, veut traverser le vidé des Décolorés du Vaval officiel. Les buveurs de Kola officiel les observent, inquiets, y aura t-il du kola pour tout le monde ?

Ouvè ba yo, ouvè ba yo, kité yo alé !

Les bradjak G.20-G.Faim-972 des Sans-couleur traversent le vidé , quelques chauffeurs lèvent la tête vers le char Kola des Décolorés.

Ékrik, Ékrak, pa rété, pa rété là, bèf douvan bwè dlo klè, fè kon Chantal, fè kon Joseph ! déclame un gran costaud. Il a du être conteur celui-la. 

Ékrik, Ékrak, pa rété plass. Si ou faim, pou trapé manjé, pasé douvan, pa atann jik dèmin. Ékrik, Ékrak !

La foule répond ékrik-ékrak pendant qu’arrive un autre vidé, précédé d’un élégant bradjak, pas très bruyant et qui avance lentement, avec assurance. Ce bradjak bien transformé fait penser aux voitures de course, genre Bugatti des années 30. La longueur du capot interminable semble éloigner l'engin du groupe des bradjaks G.20-G.Faim, qui s’est arrêté net pour l’attendre.

Au volant on aperçoit un homme jeune, il n'est pas déguisé. L’habitacle reculé au maximum semble approcher le conducteur du vidé rouge, qui arrive derrière. Un vidé rouge avec un char jaune, moins riche que celui du vidé des Décolorés. Le Vaval qui y trone est imposant, il est le chef d’orchestre et dirige à la baguette. Aucune fausse note ne s'entend. Il contrôle la partition et ceux qui ne l'ont pas étudiée doivent quitter l'orchestre. Le groupe n'a pas de timbales, il avance déterminé au son se ses tambours et tibwas. Il se rapproche du bradjak de course, sans le rattraper. 

Et le bradjak ne course ne rejoint toujours pas les bradjaks G.20-G.Faim-972 qui l’attendent, en s'impatientant.

Le bradjak de course, entre les deux vidés, attire tous les regards, il semble avancer, reculer. Le chauffeur regarde loin devant lui, au dessus de la foule. On ne sait plus si c’est le vidé rouge derrière qui avance ou le bradjak de course qui recule. La musique de Kassav étouffe tous les autres sons, sauf les tambours des rouges résistent. La foule est en transe, c’est carnaval. Le bradjak de course a t-il bougé ? Qui a bougé ?

Personne n’a bougé, Ékrik, Ékrak ! Le conteur du vidé sans couleur se fait encore entendre :

Personne n’a rejoint personne. Zéro à Zéro ! Zéro à Zéro, on va aux tirs au but !  Ékrik, ékrak...Nou ké wè sa ki ni boul. Ékrik, Ékrak !

Des  bouteilles de Gwada Kola sont distribuées aux carnavaliers qui en redemandent.

Le bradjak de course a bougé ? Son chauffeur semble imperturbable. Il ne boit pas de Kola, il ne chante pas. Il attend que la route se débloque. Pour avancer ou reculer ? Personne ne sait, c'est carnaval bililik, on va dans tous les sens.

Ce bradjack est troublant, le chauffeur semble assis à l’arrière. A l’arrière il y a le vidé rouge, pourtant si près, qui ne le rattrape pas. Les G-Faim-97-2  attendent toujours.

Mais quelle est donc la composition du Kola nouveau ? Pourquoi ne sait-on plus qui avance, qui recule ?

Le conteur déclame :

La bradjak n’a pa vansé

La bradjak na pa tchilé

Le pays n’a pas vansé

Le kola a coulé

Sé boudin plin nou ka mandé

Manman la France ka gadé

Nou ka palé dépalé

Mé an jou fok bagay la débandé

Ekrik, ékrak  est ce que la cour dort

Demain on comptera les morts.

Ékrik, Ékrak...

On n’veut pas de la violence, on veut k...

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